Poésie surréaliste NotesMat15

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Le goût du vrai chocolat

Le goût du vrai chocolat mordait la poussière en nous cinglant de sa langue comme il nous cinglait avec le fouet, et à chaque coup qui trempait dans le café créole, ses souvenirs d’horizons yéménites paraissaient gonfler notre sac à dos.

Je posais un petit poutou sec sur le dernier carré de chocolat : il était brûlant et semblait se distendre davantage, en couvrant de cloques, cette fois, la lettre, le seul poème que je lui avais écrit. Le goût du vrai chocolat, comme une larme se noyant, s’adoucissant un tantinet dans le grand océan des spectres futurs. Ces spectres qui avaient hébergé notre trésor de guerre… Le goût du vrai chocolat avait fait du zèle en formatant définitivement et radicalement nos aventures amoureuses entre cabines téléphoniques ; cabines téléphoniques qui avaient développé cinq consonnes et deux voyelles de la gamme anglo-saxonne tandis que le chocolat dégoulinait sur le porte-bagages de nos vélos.

L’âge mental de Némésis se définissant comme les dents blanches éclatantes des étoiles polaires.

Le goût du vrai chocolat en noir sidéral et en or rose veillait sur nous, il s’adaptait vite et bien à notre vie lyonnaise.