Il y avait encore des solutions d’habitation ailleurs mais on devait faire appel à l’imagination. Il y avait encore du consumérisme frénétique même après le chaos mais les gens achetaient automatiquement comme hébétés et sans plus aucune once de jugement. Il y avait encore des ressources sur la planète mais, à cette époque-là, le rationnement était le maître-mot.
Il y avait encore des solutions d’habitation ailleurs. Cet ailleurs martelé après de longues nuits harassantes… Et qui avait le don de réactiver cette vieille histoire : la nuit où j’avais vu passer dans un état second des trains de marchandise dans ces tunnels où j’errais. Au Kentucky, les trains passent seulement quand le ciel s’empourpre, quand, dans les champs de tabac, les esclaves relèvent la tête pour sanctifier un quelconque lépreux, bien avant une nouvelle épidémie… Il y avait encore du consumérisme frénétique mais, le mois d’après, les rayonnages des grandes surfaces étaient vide et on commençait à entendre geindre l’orage, dans un rêve emboité dans un autre rêve.
Il y avait encore malgré tout des poissons mais ils s’exilaient tous pour la mer du Labrador, et il y avait encore de l’or sous nos pieds mais on savait déjà qu’on ne pourrait le vendre que pour financer des guerres larvées. Des guerres qui ne devraient plus être latentes pour bien longtemps. Il y avait encore, à Orlando, de puissants psychiatres qui analysaient le cerveau de Kubrick. Car lui-seul savait démystifier les oracles.
Au début pourtant, je me souviens qu’il restait un groupe de rock, tendance plutôt boueuse : des amis qui s’étaient connus au lycée, plus proches de la laitue humanoïde que de vrais bêtes de scène…
