Poésie surréaliste NotesMat15

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Un morceau de fusain !  

Ce morceau de fusain dans le culot de ma pipe bourré à large coup de pouce, intensément, était si expressif qu’il arriva facilement au pic en érection ; cette nuit-là, il avait neigé comme le dédoublement d’une image, d’un grand silence. L’électrisant et spontané matin de glace, en réfléchissant sa mémoire blanche comme le fait un miroir ou un lac, s’appelait nostalgie !

Nostalgie en bois laqué, complètement substantielle, indéfinissable comme l’enfance, l’âge mental infime ; son cerceau crachant comme un soupçon de lune en arrière-plan tant d’épaves sous la pelle ; sous la pelle aussi les débris du toit de mon école et des chapeaux pointus de clown. On avait soudé leur version polaire à la croix des Carnavaliers.
Et dans la jolie théière, en flocons, des visages étonnés se définissant comme des étoiles polaires, comme de sévères sensations de serre chaude.
Une serre chaude qui venait se perdre au milieu de la Zone comme le ciel liquoreux jouant ses gammes de grises mémoires avec du plomb dans l’aile.

Les indications vers un nouveau chemin avaient été effacées, l’accès au gué avait été aussi barré ; alors, enfiévrée et lubrique, l’obscurité tomba soudain en pluie, en suivant un tracé logique parmi les fleurs de lotus. On l’entendit piétiner la charpente lépreuse de leurs grimaces accolées à mes lambeaux littéraires : ce fut une explosion épiphanique d’éclats de lumière pour effacer toutes les pistes !