Décrivons à la manière du poète Francis Ponge (Le parti pris des choses, 1942) le Scentless de Kurt Cobain ; Scentless : descendant jusqu’aux convalescences défaillantes, continûment, fervemment et aléatoirement lié à la faux fauchant les corps sous la terre blanche, il était évident qu’un événement, à des années lumières de l’innocence originelle et de son sous-sol téléphonique, s’était produit dans ces bois d’Aberdeen, shootés au raccrochage ésotérique, farceur, perçant, hypermnésique, rêveur…
Raccrochage qui, en éclatant, va se repaître de sa personne, de ce spectre infantile, monastique, souterrain ; sans répit ni mesure, se rapprochant de l’intérieur polysémique des cerveaux tristes, lugubres, programmateurs, le Scentless était une rareté mordant la poussière pestilentielle, mordant aussi ces éclats de chromosomes pliés sous le rythme, la palpitation de Kurt Cobain au fond des nuits inhumaines, en solde, et leur minauderies consignées en fumisterie fantaisiste, en obscénités blasphématoires, croisées et recroisées dans une ville trop sainte, déchaînée et par moment presque syllabique.
Placé à fond perdu comme la vergue mobile d’un Trafalgar, le Scentless de Kurt : un fouillis de réminiscence orientale, ou l’endurance bousillée mais confortable d’un soleil de minuit presque blanc et comme frangé de noir qui viendrait atteindre nos ombres prostrées ; Scentless : suicide ossifié, programmé entre les deux creux de la vague, sans jamais rendre ces bribes de zigzags et ces sensations saccadées et même sans se douter une seconde que nous allons débarquer là où se déploie l’intellect exécré, ses formalités malfaisantes !
