Poésie surréaliste NotesMat15

• •

Une étrange bibliothèque

Tout d’abord, des symboles avant-coureurs qui circulaient en nous, en respirant d’un rythme monotone et qui venaient d’une lointaine galaxie dynamitée où, lors du négoce, les faunes discutaient entre eux au sujet de notre retour.

Soudain, tristement mus par quelques danses fantasmatiques et leur voyage depuis le néant, les faunes qui correspondaient au feu du désir, à la liberté aussi, lancèrent dans tous les azimuts et les visions d’ailleurs des S.O.S aussi confus que les poèmes de Stéphane Mallarmé.

Aussitôt tapé dans le moteur de recherche de leur bibliothèque de Babel : notre chiffre fétiche quand leurs algorithmes reprirent le train en marche, pesant sous le poids du chiffre suivant, sans pouvoir donner de réponses cohérentes.

Pour échapper aux faunes qui suivaient nos directives consolantes à partir de leur base de données, on crachait toutes ces lignes de code qui avaient construit la bibliothèque de Babel ; on fit apparaître comme dans un rêve un nouveau caractère dans leur barre de recherche : à l’angle de l’allée numéro deux, se présenta alors, libre comme l’air malgré le milieu hostile d’ici, l’enfance de Jorge Luis Borges.

Elaborant le cours d’une vie ordinaire, de vagues réminiscences regroupant tous les livres publiés et futurs dans cette bibliothèque apparaissaient aussi, en ouvrant de nouvelles fenêtres dans notre navigateur web : ce fut une succession de contes de fées qui menait à leur totem, le grand serpent cosmique arpentant l’espace… mais comment trouver dans ce dédale de fictions ce que l’on recherchait ?

Une polysémie de mots-clés, dans les débris, jusque là mornes et sombres, de ce décor cérébral nous aidaient à la recherche : leurs listes classées par voyelles se développaient à chaque clic, en calculant la distance qui restait entre nos kaléidoscopes cinématographiques et d’autres systèmes solaires innovants. Les kaléidoscopes en tournant et en suivant de près la couture incarnée par leur disque dur, anticipaient les néologismes à créer du langage en perpétuel évolution, se heurtant volontairement à un écueil : le blocus aussi bien virtuel que réel établis par ces faunes.

Aiguillonnées par l’éditeur de texte qui les insérait automatiquement et sans aucune intervention humaine, les données de la bibliothèque de Babel s’appuyaient, comme la plupart des réseaux sociaux, sur une timeline ; mais c’était une timeline d’expérimentation intellectuelle très grillagée : autrement dit, ces internautes suivaient bien davantage qu’une linéarité temporelle surdéveloppée, une linéarité de fictions littéraires amenée de leurs laboratoires, décantée sous tous les angles par le Creative Writing d’un auteur criblé de dettes.