C’était un après-midi d’automne qui tombait à pic, au moment où le soleil commençait à se coucher. Un après-midi pour réimplanter le pompon rose de la putain à l’endroit où ça devait être, tout en écoutant un album de Kashi Soīchisawa, un genre de musique électronique pour secouer toute cette ploutocratie et peut-être même y mettre le feu… Un après-midi aussi pour se recentrer et, à coup de pioche, défoncer la porte de son appartement où elle avait résidé, dans la banlieue de Tokyo. Désormais recluse, on ne pouvait plus rien faire pour elle, même pas plaider sa cause…
2185. En examinant d’un peu plus près les cicatrices principalement sur le dos de son gamin, Kashi se disait que ses tortionnaires n’avaient aucun scrupule… Mais déjà les nouilles dans la cuisine étaient à ébullition, elle se remit en marche pour éteindre le feu, il faisait un froid de canard dans son appartement ; elle enfila son manteau de fourrure et bien qu’elle avait une furieuse envie d’allumer une clope, sans perdre patience, elle composa le numéro de téléphone pour appeler l’entreprise qui s’occupait de l’électricité et on lui annonça des factures exorbitantes chiffrées à l’excès.
Puis la nuit vint, et après avoir longtemps tourné dans son lit, son gosse dormant à poings fermés, elle alluma la télé et tomba sur un politicien qui dénonçait les dernières bavures policières ; l’émission se prolongeant bien trop tard dans la nuit, elle sombra et rêva de l’arbre d’Anne Frank qu’elle avait vu en vrai à l’époque où elle était étudiante mais qui était malade au point de l’abattre à présent.
Au réveil, elle avait une rage de dent à devenir cinglée, mais ce qui la faisait le plus souffrir, c’était de ployer sous le poids encore plus culpabilisant de cet étrange souvenir : dans les années 2000, sur une plage surréaliste où il n’y avait aucun coquillage marin, aucun soleil, aucun océan et même aucun nuage, elle avait fait la connaissance de cet enfant, de son enfant qui plus tard, à force d’étude, la snoberait sans raison, appuyant ses discours et ses paroles définitives sur une dialectique qu’elle ne comprendrait de toute façon jamais.
L’amertume et la violence d’une bouteille brisée, l’enfance et l’adolescence.
