A une époque, troublée donc favorable, Béryl était étendue sur son lit à la racine du mot fin, comme agrafée et happée par une éblouissante lumière et taillée dans la mie de pain des machines hertziennes ; instrumentalisant les caillouteux gribouillages de mes nerfs optiques, elle portait une robe Sandro qui parcourait les recoins vides de la chambre et qui fit tourbillonner l’arborescence de ce capharnaüm corrompu.
Dans le bleu du ciel, elle égrénait les signes, les mots de passe de ces machines incontrôlables, ingérables, et pour tout dire fantomatiques, afin de me transmettre à la prochaine détonation, au prochain crack, la consigne à respecter.
Sa présence démoniaque, en harponnant au passage les jours où tout était encore innocent, riait parfois, grignotait un sandwich, buvait du thé que j’avais fait infuser pour elle. Elle me racontait que le mur de la Neuvième Porte était de marbre blanc, et bas et massif : il contenait, à souhaits et bien planqués, là dans cette tour d’ivoire, des cascades opulentes, oui des cascades de chevelure ruisselante de rhum, instantanément filtrés dans un gracieux négligé. Et là, dans cette tour d’ivoire, laissant des miettes de gommes sur le bois des écoliers prisonniers, subsistait le froid automne gris d’une planète inconnue qui avait été vendu pour une poignée persistante d’échardes opaques à sa demande.
A sa demande aussi, en raccordant son sourire si malicieux à chaque opération mentale et en montrant à la face du monde virtuel son absence de sens, je couchais sur une table en formica les fabuleux poèmes racontant tous les matins sa vie triste et ennuyeuse.
Des poignées écumantes de fils électriques, des fils électriques que j’avais coupé au ras de leurs pulsions, en restant attachés à son chevalet, me conduisaient ou plutôt me traînaient dans la semoule de ces femmes aux édifiantes toisons de têtes de cerfs, comme un raccordement dionysiaque d’air vicié et de nos airs tout aussi vicieux.