Le sang gicle comme une pluie rouge qu’emporte le vent. Le sang gicle comme un canard barbotant dans la boue ; et, dans ma tête, en lançant des corn-flakes et des strass, le sang gicle comme un paiement cash. Le sang gicle comme l’hémisphère d’un cerveau endolori.
En hissant les crocs du froid engourdissant, le sang gicle comme la pauvre poupée qui veut ou qui veut pas, et qui sera bientôt mise en morceaux. Le sang gicle et sécrète des enfants scolarisés qui pleurent ; après une leçon d’anglais le sang gicle au prétérit, comme l’Eglise qui profane son prolongement mathématique. Comme un stage cinématographique, le sang gicle avec mon coeur et avec ma bouche et me dit de n’emplir ma main qu’à moitié. Le long des krachs existentiels, le sang gicle par strates comme on se borne à ses petits désirs ; comme on laisse sur la table une bonbonnière fécondée par écoulement nasal.
Le sang, en pleurant, gicle et veut en faire autant dans la dimension stellaire du Bateau-Lavoir. Le sang gicle comme voué à ce petit garçon de dix ans qui s’amuse à faire des ricochets au bord d’une rivière pourpre. Et la rivière de sang s’amuse à émietter silencieusement le chapeau d’un champignon mortel.
Un larcin trop évident, ce sang qui gicle face à la houle, comme un sauveteur ou un vers à soie ou encore un billet de cinquante euros plié en quatre à la hâte ; ce sang qui gicle comme on plonge un beau matin dans un bol de café ; enfin le sang gicle comme survivent les paysannes et leurs silhouettes qui ne sont que des amalgames de sables, d’exaltations fiévreuses, de poivre, de sel, de parmesan ou d’origan.