Poésie surréaliste NotesMat15

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Appendice et perspective anesthésiante !

Laissée aussi sèche qu’un raisin de Corinthe – un raisin de Corinthe sifflé comme la racine radicale, amazonienne de notre conscience politique et historique – laissée aussi sèche qu’un raisin de Corinthe, dis-je, la perspective anesthésiante de la caméra poursuit inexorablement son avance déterminée, beurrée entre les cuisses des vendeuses excitées de paquet de pop-corn à monter en kit.
Au coeur du crépuscule flottant ou entre le chambranle de la porte de droite, comme un blues d’automne froid ou comme une longue nage, il y a sur son tracé le silence prométhéen qui, crescendo, espace et éponge les anomalies de la caméra, les égrène en rejoignant une sagesse ancienne ou en jetant la confusion.
En demi-cercles irréguliers on entend des crépitements comme du feu et, pareil à un morceau de chewing-gum mâchonné que l’on conserve plus tard, il y a aussi l’appendice de la caméra perforée jusqu’à devenir une blague anecdotique : il emmagasine de gigantesques chaîne de montagne comme moyens d’existence caillouteuse, des chalets de montagne au milieu d’un champ de fleurs aux cépages perturbants, les univers Kleenex des neiges inversées se préparant à l’atterrissage, les histoires élaguées des cabines téléphoniques qui font serpenter les fils électriques de leur moteur diesel ; écrit avec le napalm des bidonvilles, l’appendice de la caméra se lance dans les invocations confuses, en reprenant son souffle entre deux capharnaüms de pampas et de landes électrifiées, et finit par barrer l’accès au grand nord saturé d’un parfum kitsch de musc et de jasmin.
Aussi irrascible que l’indicible beauté du monde, aussi incommodant que canonique, ce chef-d’oeuvre cinématographique qu’il a fait naître, est attendu avec impatience : alors qu’il vienne le plus récent et le plus torride des films de Lucky Pierre !