Poésie surréaliste NotesMat15

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Le Périple : de Singapour à Sydney

À Singapour, pour m’aérer enfin les poumons, j’ai traîné du côté des esquimaux qui côtoient et craignent les dealers de Goran Pritska parce qu’ils ne lui connaissent aucune limite. Ils ont déjà ratatiné plusieurs cancres sur des mouvements d’humeur dans leur apprentissage du sabre laser. Ils ont baisé leurs serveuses dans la remise de leur club et ont dérouillé les videurs.

Goran Pritska, ce novateur, ce révolutionnaire même, bien autrement méritant que ces marchands de thé Pennyroyal, ces coursiers de rêves tarifés, n’a pas réellement vécu à Singapour, n’a vraiment pas mesuré l’effet que les corps gras de toutes ces poupées gonflables placardées sur les emplacements publicitaires a pu faire sur lui alors qu’il s’adonnait au reportage comme Thomson avec beaucoup de rhum bu jusqu’à la lie.

De ses colères qui ne se dominent pas, a germé l’idée de vendre des racines de gingembre ou de la lessive avariée (alors qu’il s’agit en réalité de viande pourrie de veau) et cette idée, réduite en poudre de plume cellulaire, a hanté le bord de mer imaginaire, entre le Bronx et la cinquième avenue de New-York. Et c’est bien à New-York que je laisse éclater ma colère au téléphone : impulsive, soudaine et brève comme un dictateur s’octroyant Paris ; une colère brute et barbare de taureau dans l’arène… Prélude d’un authentique culte barbare se vouant à déloger l’infâme imposteur qui aime me torturer et que je représente à présent.

Ainsi, dans le feu de l’action, à Hong-Kong, dans la solitude de ma chambre d’hôtel, j’ai écris un texte qui est une incitation à la haine dans une vallée où le tempérament des habitants froids comme le côté droit de l’iceberg et sa base de données, en a fait pleurer des larmes de pluie diluvienne. Et toujours à Hong-Kong alors que les haillons d’argent de ces pluies qui ont tant de peine et qui s’affichent en code binaire sur mon ordinateur, meurent lentement, doucement dans la vive clarté de l’hiver.

À Pékin, dans son enfer polaire, des coups de béliers infatigables et lourds, entrepris par des hommes traitant leur mère de pute, promettant mille souffrances du côté de Sodome qui aime les tendres cœurs.

À Tokyo, en fait posé sur ses genoux, mon front de lecteur obstiné cogite le chant des rivières, sans pour autant chercher ouvertement à le dénigrer.

À Doubaï, dans les rues et leurs sens cachés qui prêchent la destruction, les parfums de la négligence ne font pas frissonner les narines des passants croisés. Abattu sur leur beauté, l’ombre, ou les limbes de ses mots, suspend entre les lignes d’un roman en souffrance le début de sa vengeance personnelle.

À Sydney, enfin, terrassé par la tuberculose, l’auteur de ce texte, souvent au-dessus des montagnes, tristement s’assied au sommet de ces mondes blanchis, religieux et écoute la cloche qui sonne au loin quand les bottes qui ont malgré tout un certain charme, font du foin ; d’un œil indifférent il n’attend rien des jours, ne demandant rien à l’immense univers que tout âme désire en son for intérieur comme une incitation à la haine, à la violence et à la destruction emportée par l’orageux aquilon.