En Mongolie, j’avais grandi en tétant le lait des grands yacks tandis qu’il y avait comme de la luminosité phrygienne sur l’écran de son ordinateur ultra sophistiqué, des altitudes rouges et fumeuses lui provoquant des céphalées par baisses de pression ; j’avais grandi en prenant soin de m’entourer de tous les personnages anarchistes de la Main Noire, ce groupuscule encore actif dans les yeux d’Ushas… j’avais grandi tout comme ce dieu des infimes espoirs, en retrouvant dans ma genèse une logique propre, aussi diffuse que obscure, aussi factice que cette combustion dans les feuilles mortes : choyant des arbres faisandés comme le lierre qui envahissait tout, l’aura d’Ushas avait brûlé ; et ce feu que je ne parvenais pas à décrire, ressemblait à la danse des derviches tourneurs désarçonnés dans leur transe.
Bravant l’implacable pesanteur de la fournaise urbaine, une volée de détritus dérisoires, mue par un frêle soupir, composait de célestes volutes parmi les constellations de poussières… et se répandait sur ce canapé à la mode anglaise, laissé à l’abandon dans la rue, sur le trottoir tandis que nous écoutions de la bonne musique s’échappant de cette étrange machine. Cette machine ? En rassemblant tous mes calepins par un effet télépathique et en épuisant tous les portables et leurs batteries, elle pompait toutes les notes florales, toutes les manières végétatives des logiciels les plus performants…
Et il en avait des arrières-goûts de vodka, de féal fidèle pour sa dévotion à cet alcool d’impératrices, ce processeur qui nous servait non seulement à ouvrir le journal des historiques des boîtes e-mail, des courriers électroniques piégés à l’intérieur de ses disques durs, mais aussi d’innover, d’interfaces graphiques révolutionnaires qui fantasmaient sur une liste exubérante de programmations jusqu’aux masturbations par webcam, étudié par son œil cyclopéen, son calculateur et son ampèremètre. Et il en tirait des conclusions permettant aux jeunes loups du marketing de mieux les diriger ces branleurs sur des pages Web commercialisant de la drogue de synthèse, ou de l’alcool… Ou alors automatiquement rangés dans la catégorie contre-culture, du monde de la nuit et des créations alternatives, ces pauvres types paumés n’avaient plus qu’à admirer les alambics, administrés par l’unique ordinateur, qui versaient les couleurs ambrées d’une bière de premier prix.
Du houblon automatiquement versé, au cours de nos brainstormings et lors de Sa synchronisation, un chef d’œuvre journalistique et alcoolique du monde de la nuit et de l’étrange se conjuguant avec tous les psychotropes maints de fois décrits pendant Ses Miraculeux Bugs. Ainsi nous avions toutes les cartes en mains, et c’était quasiment l’idée du siècle, cette Cora-Hummer 7.


