La solitude : dans ce liquide psychotrope à la couleur et à la teneur verte, caoutchouteuse comme du plastique, tu te perdais parmi des chaînes de givre incroyables, des tableaux de famille que la foule refusait de regarder. Puis, des questionnements édulcorés à l’arithmétique qui embaumaient les lèvres de la Déesse de Cythère. Alors pour dissoudre ce feu d’artifice psychédélique, pour dissoudre l’impératrice et la couleur somptueuse de l’invraisemblable qui la maintenait dans un état servile, il y avait ou ce qu’il restait son petit rire qui fit tomber la jupe mandarine : romanesque excès.
Au-delà de nos cités mystérieuses, alors, à l’heure érudite des rois couronnés, nous relions indifféremment les énigmes du cœur, écœuré de trop peu reluire :
L’os de craie magique et l’histoire de tous les délires, je les croisais avec l’étreinte imprégnée, avec l’adoration des idoles, avec les rituels runiques dotés d’artefacts éreintés et d’écrous hilares. Des fables se dénudant le long de sa charpente osseuse, lorsque l’obscurité de ces mots susurrés tomba soudain en pluie sur mon système de fouilles archéologiques littéraires…
Entre mes tempes, la belle et dangereuse impératrice avait auparavant isolé ce côté viandar qui crépitait sur mon mufle. Coulant à flots perdus, le sang de cette femme à présent à genoux remuait ma moelle onirique. C’était, en fin de compte, le tempo lent et ondulant du jazz qui s’autofécondait sous l’autorité de John Coltrane. La lumière tremblotante, la lumière de ce huis-clos en silicone noir, d’une chanson à l’autre, ressemblait à une soupe de clémentine se muant en mousson asiatique.
Une étrange vision certes, qui allait retomber dans la Fosse Noire, en enlevant le sens religieux des mots, et pour chaque verbe les démantibuler de leur douceur originelle.
C’était pourtant le même monde, ce monde où de fastueux échos voulaient s’approprier quelque chose de neuf.
Ainsi, s’étendait face à moi un chemin lumineux et tranquille, et pourtant encerclé d’une multitude d’iniquités, pour ainsi dire une simple suggestion de chemin où je glissais sur l’asphalte rugueux, à la lueur d’un DeepKiss de série B. L’humble frou-frou guilloché des billets de banque se répandit à cet instant hors de mes poches. J’avais affligée la monnaie de pensées très tendres ; je me tenais raide comme le cierge d’un court-métrage revisité.
Quelques temps auparavant, à une époque où était apparue la naissance du récit, de mon aventure mais aussi de mon terrain de chasse, j’avais préparé un café bien noir, et la Geisha, au réveil, m’avait adressé un sourire éblouissant, sein pointant en avant de manière tout à fait classique, robe de crêpe pourpre tendue sur son corps.
Toujours en imitant la mélopée du bonheur, elle cherchait une issue métaphoriquement vouée à l’échec.
« Pour guérir, comprendre n’est pas nécessaire. » Elle avait coutume de dire. Et j’étais d’accord avec ce point de vue, que je prenais parfois pour un indice, d’autres fois pour un inachèvement.
« Hâte-toi, à chaque opération mentale, de rattraper la dernière correspondance et te retrouver ainsi au fond de l’impasse, et, et seulement si tu arrives à recréer en imagination la fugacité de cet instant, découvre-toi une nouvelle passion pour la spéléologie hiéroglyphique en voix d’extinction » ; je ne comprenais guère ses paroles ésotériques mais je n’osais lui poser aucune question.
A la fenêtre, elle me regardait partir et suivre un tracé logique vers ce clair de lune taoïste, cette lueur qui semblait tellement venir d’ailleurs, aimantée par le vide sidéral et chaotique de La Fosse Noire.
La lumière au large de son appartement commençait à dériver, et ce fut ainsi, de l’autre côté de notre pipe d’opium, que les noires inversions des cités légendaires se mouvaient filant comme des comètes pour retrouver l’origine sacrée de ce monde lointain !