Poésie surréaliste NotesMat15

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Le selfie des grands singes du Brésil…

Sur l’un des textes crypto-punk de cette mise à jour révolutionnaire 1.0.5, on pouvait lire qu’en prenant un selfie, une photo de toi, les grands singes du Brésil, qu’on savait infertiles, disparaissaient toujours un peu plus vite ; leur disparition inquiétante se noyant dans l’infertilité, non pas parce que tu n’avais aucune idée de ce que pouvait être un selfie mais parce que nous, les grands singes de ce continent d’Amérique du Sud, étaient reliés par ondes télépathiques au néant le plus vaste.

Or, un jour de grande chaleur, alors que les banquises elles aussi s’évanouissaient en laissant dans l’air comme un parfum d’irresponsabilité néfaste, je l’avais pris en flagrant délit d’immortaliser un selfie à mon insu, ce dernier survivant de l’armée des singes qui n’avait, quand on fouillait ses poches, qu’un paquet de cigarettes et en sa possession le selfie d’un grand mage de la magie la plus noire, avec des paupières en grésil.

Je lui avais proposé un marché : en un temps donné et en une page (cette feuille d’impôt couverte par l’écriture d’un garçon manqué) il devait me décrire, pour le journal auquel je travaillais, les longs et douloureux rituels qui se tenaient jadis au centre de la forteresse des singes mercenaires. Et sur le même sujet, en planchant sur les maléfices qu’ils enfantaient, il devait minutieusement enlever ces préciosités littéraires qui étaient tout droit sorti d’un carnet de moleskine retrouvé dans les poches d’un grand écrivain voyageur, avalée par l’immense jungle brésilienne et que j’avais repris à mon compte.

Le selfie proposait dans son avilissante globalité : la face cachée du grand singe du Brésil, avec, pour couronner sa tête poilue, un diadème de flamand rose que mes doigts squelettiques couvraient de leur ombre… Et pour lui faire les cornes, une bataille de Mikado que la fournaise brûlait sans outrage.

Je ne me souvenais plus très bien si il devait commencer par l’intermédiaire des poupées vaudous son incantation photovoltaïque ce diadème de chair couleur or mais par contre je me souvenais comme si c’était hier : j’avais en mémoire le pourquoi et le comment de son développement in utéro, afin de le raviver à la faveur de la nuit.

Et, comme par exemple tous ces très bons acteurs des films d’animation pour enfants, j’avais utilisé les sortilèges innés que les pantalons et les jeans [501-levi-strauss] utilisaient pour se nettoyer d’eux-même… l’âme guillerette, leur lavage se réservait le droit, pour mes prochaines fiançailles, de mettre un terme aux machines à laver ; et, dans ces conditions, d’attiser la solitude du sèche-linge resté en bas dans la grande pièce ! 

Et ce fut ainsi que cette mise à jour révolutionnaire cotée en Bourse sans perdre de sa valeur, ne pouvait plus tolérer la perte financière d’une ou de ses actions comme si il s’agissait de l’ablation de son organe sexuel !

Pour démarrer par la marche des fiertés qui valait le coup de ramener à la vie quelques pompiers qui n’en avaient vraiment plus rien à foutre, l’accouplement céleste de cette mise à jour nécessaire pour les machines citées plus haut ne donnait rien de tangible, à part de tenir la culotte au sein du ménage à deux que j’avais formé quelques années auparavant.

Cependant, alors que l’iPhone SE 2020 payé en remplissant des contrats surnaturels et aussi incroyable que cela puisse paraître, mit fin au partage de connexion lorsque l’appareil high-tech enregistra dans sa mémoire photovoltaïque le selfie touché par la force de l’antidote des macaques couronnés, je me séparais enfin de mon précieux ami avec qui j’avais vécu tant d’aventures interpersonnelles.