La Chine avait encore frappé, une apocalypse numérique et virtuelle se préparait, ulcérait les Autorités les obligeant à fermer pendant une période indéterminée, d’après eux, le réseau 5G des Smartphones.
Et par gorgées qui se gorgeaient elles-mêmes de théories du complot, les partisans, écrivais-je en tant que journaliste d’investigation sur la machine à écrire, se gorgeaient de desseins sanguinaires concernant notre monde occidental…
C’était une vieille matrice informatique qu’on avait invoqué sans parler, sans faire un seul bruit : le silence total. La matrice chinoise : un assemblage de vieux cubes atrocement étroits avec Kaphrium descendant dans les profondeurs de la cave pour embraser la foule face à lui, et au soleil, se heurtant aux caméra-mans, crevant les hypothèses prévues pour la fin du monde.
Associant la magie de Baudelaire avec le juvénile Rimbaud, on sapait les fondations de ces civilisations, de ce monde qui sonnait le tocsin avant l’heure. Réhabilitant la matrice à quelques centaines de mètres sous terre, j’imaginais ma vie dans le futur.
Au passé, l’enfant finissait son livre sur le romantisme de chaque univers, de chaque refuge. La rétine de ses yeux tantôt bleue, tantôt verte, fit dérouler de côté et d’autre de la fente la longue histoire de sa jeunesse.
La matrice était devenue un iceberg qui fleurissait à chaque printemps, qui attirait les belles dames en soin palliatif. Et là, sans avancer, sans regarder le tableau préraphaélite, je demeurai sur l’iceberg qui suivait le Titanic sans précipitation.
Sortant de leurs gonds aussi souvent que le Prophète venu des montagnes afghanes, qu’on croyait bel et bien mort, ces partisans prétendaient que le Vieux des Montagnes était un ancien terroriste et donc par unions militaires avec des chefs d’autres tribus des raclées à gogo : on était en droit d’attendre ; des raclées qu’il nous infligeait car, en modifiant virtuellement les matrices d’un gonfleur sophistiqué, il sévissait toujours d’après les récentes données universitaires récoltées par le sieur Steve Jobs.
Et dans les autres couloirs d’autres universités engorgées, la rumeur la plus folle était parti, en laissant dans son sillage la survivante université où les plus fervents hackers conspiraient ; cette rumeur la voici retranscrite dans la suite de ce texte présenté aujourd’hui…
À cette époque, nous étions une bande d’étudiants en Fac de Lettres, qui préféraient les vers de Rimbaud ou de Baudelaire aux bêtises concises des textos. De Smartphones, nous n’en avions pas, on s’en moquait comme de nos premières couches-culottes et cette panne sur tous les réseaux mobiles ne nous préoccupait pas.
Cependant, avant d’être une bande d’étudiants, nous étions une communauté d’auteurs.
Ainsi comme Rimbaud nous cherchions le lieu et la formule des incantations poétiques : de cette traque, il en résultait un isolement volontaire, nous étions bien trop obnubilés par cette idée pour faire du shopping, aller au cinéma ou en boite, ou d’autres occupations futiles… Bref, nous étions différents, bien trop différents pour dériver vers le consumérisme frénétique de notre époque.
De mon côté, après mes études, j’entreprenais de prendre le premier vol pour me rendre à New Delhi, et ensuite partir sac sur le dos, à la recherche d’une spiritualité orientale qui me conviendrait.
En réalité, je me posais beaucoup de questions, tant sur notre mode de vie que sur mes compagnons : enveloppé sous le papier kraft et caché dans une commode fermée à clé, je savais que l’un des nôtres cachait un carnet de moleskine, s’agissait-il simplement d’un journal intime ?
Il éveillait en tout cas ma curiosité, bien plus que tous ces articles tirés dans les journaux, jusqu’à s’immiscer dans mes rêves, c’était devenu une obsession : il fallait que je force la serrure de la commode.
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Des jets de pavés, des comas, des hématomes, des blessés, des décès, on entendait des râles d’agonisants dans la rue et lorsque je me penchais par la fenêtre pour regarder, je voyais d’heures en heures s’accumuler les cadavres, les yeux clos et le corps déjà froid.
Je pensais à cette Révolution d’Octobre, lorsque les bolcheviques renversèrent le régime impérial, en phase terminale. Le monde commençait à virer clairement à l’anarchie, les gouvernements avaient assisté impuissants à une montée de violence dans la rue, la citoyenneté, des classes populaires jusqu’aux gens privilégiés, était malade ou sur le point de le devenir.
Et je consultais aussi souvent que nécessaire le carnet de moleskine où, entre les kyrielles de lignes, se dessinait un texte sur la Spiritualité Orientale du vieux des montagnes afghanes en dix pages alors que le froid mordait les lattes en envoyant de gros bouillons de lacunes.
À la première page, un désir féroce de tout foutre en l’air.
