Même nue et moi couché sur le sol, nous apportions au prétérit une beauté spartiate : quelque chose comme un message impalpable avant notre propre mort. Une chronique d’un suicide réussi enfin. J’étais presque entièrement déshabillé, seulement couvert de guirlandes de Noël qui clignotaient encore, croisant beaucoup de monde pourtant ; du monde qui, un plus loin, baissait leurs chapeaux hauts-de-forme.
Et parmi eux un groupe de Grunge, des adolescents boueux qui, sans dérision, auraient payé cher pour me voir pendu : araignée pendue au bout de son fil avec, comme seule étoile à décrocher, des visions des Enfers que même que les sorciers et les sorcières les plus expérimentés n’étaient pas prêt à échanger avec Satan. Elle continua alors son chemin, infirmière de première année ne se rendant même pas compte de tout le mal qu’elle avait engendré… Engendré et commis de sa force féminine, la plus forte de toutes, que le Maître des passerelles n’arrivait pas à acquérir…
Ce maître des passerelles qui en cette matière noble (la sorcellerie ou la drogue sous toutes ses formes) avait fait vœu de ne pas décevoir ces âmes dont il avait pris possession et, sous les yeux de la jeune fille, il fit apparaître dans son esprit innocent les premières hésitations, préludes qu’on pourrait comparer aux symptômes d’une maladie irrévocable par rapport à la malédiction infligée en elle-même et pour elle-même.
Est-ce que j’allais trouver quelqu’un pour creuser ma tombe ? Car dans la vie il n’y avait que deux catégories, deux uniques penseurs : en symbiose dans ce cocon matriciel, mais une fois nés ils ne pouvaient produire, même si c’était par alternance, que des rêves noirs de dépression grave et de doutes, de petites estimes d’eux-mêmes.
Le fardeau était trop lourd à porter : à tel point que l’hypocrisie elle-même ne pouvait rester plus longtemps dans le lot, à tel point qu’il ne fut pas surpris, le maître des passerelles symbolisé par la carte du tarot le mat ou le fou, quand il nous vit quelques années plus tard (le temps importe peu) rejoindre ses rangs et nous reléguer ainsi au statut d’esclaves du genre obscurantisme insipide, grégarisme de moutons aux yeux révulsés, animaux huileux et flasques qui hurlaient de rire dans la tourmente et crachaient leurs venins pour faire semblant d’exister par eux-mêmes.
Quelques pétales de ciel blanc arrachés à présent, pour zébrer les playlists des Pixies, s’autosuggestionnaient dans ses pupilles, me demandaient beaucoup d’aide pour imaginer dans une tauromachie à tout casser la place psychédélique des univers semés d’illusoires oasis… d’alcools imaginaires, de poisons, d’élixir frelatés et de souvenirs nécrosés ; j’avais un intense désir destructeur en moi. Mais je ne partirais pas seul avec mes victimes, à ce Cardinal je lui filerais une bonne raclée sous l’arbre des pendus qui ployait sous leur poids.
Des animaux nocturnes, aux vibrations radioactives, sautillant en dehors de mon écran d’ordinateur, leur ruée s’immobilisant un instant pour nous. Et immobilisés étaient aussi ces morves d’azur et ce soleil sanglant qu’on pouvait voir darder aux portes de l’Enfer ou au sommet des gigantesques buildings bancaires ; des toisons pubiennes encrêpaient toujours la robe du Cardinal, situé plus loin que les archipels sidéraux où des raclées à gogo par des dévotchkas aux épaules solidement bâties ne rendaient rien d’autre, à la fin, que des pierres fatiguées, romanes : les ruines de leur Église.
Affichant avec insolence leur opulence de marbre blanc et de pierre de taille, il y avait parmi ces pierres abandonnés, d’après le vieil adage du Cardinal, ces arcades et ces Vitraux représentant d’immaculées têtes coupées et des déluges de nombrils, de pénis, de pieds, de bec-de-lièvre ; peut-être la représentation d’un potentiel avenir pour tous les acteurs de ce texte.