Année 2119.
La publication du prodigieux précis de médecine de Cornélius avait été longuement différé par le retour d’étranges phénomènes.
Tout avait commencé ainsi : un après-midi de printemps, dans la salle de classe à côté, les élèves ânonnaient leur latin tandis que Popeye se désagrégeait aux rythmes de la serpillière à passer le long du corridor sombre de l’école et autres corvées mal rémunérées, réanimant parfois un onomatopée merdeux du fond de son pantalon.
Il détestait son petit chef qui était aussi barré que lui, les premiers de la classe appliqués, son entourage proche qui l’obligeait à rester sur Lyon, son lieu d’attaches et pire que tout son boulot de merde comme agent d’entretien. Malgré tout, ce jour là était magique comme la boite de corned-beef qui l’attendait à la maison, comme cette lycéenne dissipée qui lui avait fait la bise avant de chahuter avec ses copines.
Mais, en vidant la poubelle des sanitaires pour femme, il trouva au fond un tampon imbibé de vodka. En l’éloignant le plus possible de ses narines, il comprit alors que les monstruosités du passé affleuraient déjà sur tout un chacun dans cette université.
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La scène politique, à cette époque, avait été refaçonné intégralement par l’arrivée au pouvoir d’une étrange corporation ; le lancement sur le marché mondial de la grande consommation de sa Burroughs Cora-Hummer 7 – un ordinateur révolutionnaire qui était devenu le seul mais redoutable instrument des gouvernements en place.
À l’origine sa production limitée avait jaillis des scories de l’ancien monde un siècle auparavant mais, en montant progressivement les échelons de la réussite et du pouvoir, avait conquis la majorité des consommateurs qui déboursaient jusqu’à leur dernier kopeck pour avoir le dernier cri de la société Burroughs.
La plupart des clients se contentaient en réalité d’une version hautement fumeuse : une kyrielle de presse-papiers encombrants, de timeline surréalistes, de cartographies, d’élucubrations, de traitements de textes limités à un langage châtié, et d’autres logiciels incompréhensibles… Alors quel était l’intrigant mystère de son ascension ?
Et quel était le rapport avec Popeye, le balayeur qui avait découvert ce mystérieux tampon imbibé de vodka dans les chiottes de l’établissement scolaire ?
En tant que journaliste d’investigation, je devais enquêter pour le Mercure Liquide et ramener de la matière, de quoi satisfaire les lecteurs les plus exigeant dans le domaine des sornettes, de ces légendes urbaines incompréhensibles.
La suite prochainement.
