Poésie surréaliste NotesMat15

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Les rêveries de Charlie en wagon-lit !

J’ai toujours été partisan de l’idée qu’il fallait, en tant qu’auteur, faire l’expérience de ce qu’on cherche à écrire pour tenter d’approcher une forme de vérité. Ainsi je me suis délibérément placé dans des situations périlleuses, grotesques ou humiliantes par pure conscience professionnelle.
J’ai fréquenté les milieux les plus louches, accepté de m’abaisser à faire des choses qui me répugnaient, rencontré des individus que je n’aurais jamais eu l’occasion de côtoyer dans mon quotidien aisé et tranquille.
J’y ai parfois pris du plaisir. Et ça a été la cause de nombreux problèmes dans mon existence. Mais je ne m’attendais vraiment, vraiment pas à ça.



Charlie, ce monstre inventé par le Sieur Clacker, hélant avec des glapissements à faire frémir les sapins verts, était dans nos bagages tandis que nous roulions en wagon ; à bord, des mondes surréalistes mais aussi palpitaient les sombres idées de Charlie, à l’ouest de cette forêt d’où nous apercevions une plate-forme de lancement comme Cap Kennedy ainsi qu’à l’est des États-Unis où nous nous dirigions en train… peut-être pour New-York, peut-être pour montrer nos vers, nos alexandrins à quelques Pieds-noirs ?

Enfin, au Sud et au Nord, sur les arêtes des chapiteaux de tous ces cirques où elles s’étaient échappées, d’autres créatures glapissantes, de ces zigzags imaginaires et métaphysiques, des physiciens tentaient de réconcilier les deux pôles, à présent libres de toute interprétation avant le coup de sifflet du contrôleur.

Il y avait, parmi ces zouaves, dans leurs cerveaux des idées de bûchers dirigés par de talentueux prestidigitateurs et qui ralentissaient, en léchant précédemment par leurs flammes naissantes les pieds de tout ce monde, la locomotive du train, chaude comme un volcan. Et qui laissait échapper une fumée de la couleur des plus grands vins et de langues aussi bien polysémiques que chimériques… Et chimériques étaient aussi nos vertiges quand nous l’inspirions à travers la fenêtre à moitié ouverte de notre wagon-lit, quand nous repartions à la chasse aux papillons, bercés par les versets politiques des autres voyageurs.

La veille de notre arrivée, Charlie véhiculant enfin des stances bouddhistes ou taoïstes tout en les brûlant pour mieux polir les lois gravitationnelles de ces prestidigitateurs, de belles plumes aiguisées racontaient dans tous les canards sa crémation ; et, en nous permettant de survivre en territoire hostile, elle était comme un laisser-passer : même les chercheurs, les plus prudents en combustions et en moteur thermique, reposaient entièrement sur leur fonction censée être pacifiste.

Pourtant il y avait, cachée parmi les gamelles de riz pilaf de la cuisine, ces instruments inconnus, d’origine extra-terrestre et tombant en ruine bien que vigoureusement alimentés par des piles alcalines ou chimiques et tout aussi mystérieuses… En les privant de cette énergie comme nous l’avions détourné pour faire fonctionner le moteur de ce train fabriqué par la Main Noire (c’est à dire un groupuscule occulte, en fait) ces appareils de haute technologie, qui autrefois étaient vendus dans des boutiques ayant pignon sur rue, avaient cessé d’émettre et avaient été déchus de leurs fonctions, lors de notre descente sur les quais de la gare de New-York…Tant pis. On les retrouverait une prochaine fois à la bibliothèque sous forme de longues descriptions et d’illustrations dignes de l’école de Serpentard dans ces livres vaseux, qu’on croyait avoir mis au pilon. Tandis que les autres lecteurs, leurs casques branchés en bluetooth au Tamagotchi des anciens Iroquois, étudiaient le fonctionnement de notre machine à vapeur rendant l’âme et n’ayant plus toutes ses chances de gagner sur ses concurrents, ses ennemis entretenant des cultures d’organismes génétiquement modifiés et alliés à la puissance photovoltaïque des nouveaux rois du monde.