Moteur à l’arrêt, ses pieds nus au-dessus de la boite à gant, Nausicaa contemplait la pluie s’abattre sur la carcasse de la voiture. Et s’insinuer dans notre conversation, presque dérisoire. En effet, nos dialogues, très courts, étaient alternés par de longs moments silencieux. Nausicaa fit un mouvement pour allumer une clope, me dévoilant un étrange tatouage qui représentait un scarabée sur son épaule. Je mis le contact, et la Buick démarra au quart de tour. J’aurais pu rouler un millier de kilomètres comme ça, sans m’arrêter… Mais, vers midi, Nausicaa me signala qu’elle avait faim.
Au royaume sombre de l’absurde et des rats, je voulais comprendre ce qui motivait Nausicaa dans cette aventure farfelue. Pour ma part, j’espérais secrètement fouiner dans son passé. Découvrir tous ses secrets les plus intimes. Ou écrire à partir de mon journal de bord un livre sur le cas Nausicaa… Ou peut-être les deux.
Ainsi, je m’interrogeais toujours sur l’origine de ce symbole pharaonique, le tatouage aperçu sur le corps de Nausicaa. Perdu au cœur de son agréable coloriage noir, il était pour moi une sorte de labyrinthe.
Quand nous sommes repartis, Nausicaa semblait se recueillir ou somnoler. Elle avait la tête presque courbée et la chaleur à l’intérieur de la Buick qui était pourtant une vraie soupière, ne la dérangeait visiblement pas.
En examinant sans scrupules et sans perdre patience ses dessins d’humanoïdes chiffrés à l’excès dans son carnet de moleskine, tourmentés par un désir morbide, leurs bavures extrêmes, je voyais bien qu’ils divergeaient de leurs esquisses initiales : un fouillis d’enfants juxtaposés, appuyant sa dialectique sur une rupture qui la lassait brisée, la fin d’une relation sentimentale confortablement expansive.
