Le train brinquebalait depuis trois jours déjà, des faisceaux crépusculaires comme moteurs. A travers les plaines enneigées de Sibérie, comme altérés sur le tableau de bord, l’américaine, le cosaque et le type au téléphone montèrent à bord et s’incrustèrent dans le compartiment de Jason.
Poussés par la provodnitsa responsable du wagon, comme momifiés par le néon titulaire hésitant de ce seul wagon, qui les guidait en aboyant comme un roquet sur des brebis, ils déboulèrent en pagaille, hagards et trébuchants.
Tous portaient des masques antiviraux. Depuis l’épidémie, Jason dépareillait moins. Et, entre ses moignons, cherchant l’onomatopée encore vierge, leur descente vertigineuse, l’éveillé rêveur qu’on prenait pour un original appréciant leurs veillées d’armes, leur tracé logique aussi, leur rêve semblait aimanté par ce vide sidéral et chaotique que représentait la nuit transsibérienne… et qui s’octroyait le câblage libidineux des grands chemins passant sous les stèles de marbre rose, d’une minéralogie douteuse cependant !
Jason fixait ces mollusques, mais personne ne s’en étonnait outre mesure. N’eût été son gabarit colossal, il aurait presque pu effondrer leur subterfuge qui s’entortillait dans ses tubes de peinture ocre rouge comme de la viande ahurissante dans une gamelle pleine d’échos silencieux.
Plus tard, dans l’obscurité, doucement, autour de leurs corps immergés, son sabre de samouraï projetait sa lumière sanglante au fond des limbes : ainsi le seul avantage des voyages en train résidait dans cette tuerie ou cette noyade, entre leurs deux corps immergés émergeant enfin du fond verglacé du lavabo !
