Poésie surréaliste NotesMat15

• •

Les Ordres de la Nuit

Première partie 
A 3 h 30 du matin la nuit du 5 juin 1992, la saturation ; en s’efforçant de recoller pour la énième fois une page déchirée couverte de caractères noirs avec de la pâte préparée sur un fourneau rouillé…
Aussitôt l’organisme plié, révulsé de douleur, vide ce qu’il reste des tripes ; douleur.
Le long du Chemin de Fer, je sais qu’elle m’attend ; sa figure disparaît de l’écran tandis que des bandes de papier se déploient, jonchées de chiffres, elles débordent parfois jusque sur le parquet… Pénuries de neurones.
Sous mes yeux, le Livre s’ouvre, des hommes dans la trentaine, chauves aux quatre cinquième et à la chemise blanche sont décris dans ce récit ; je mémorise leurs plaques minéralogiques en tripotant les boutons de l’étrange ordinateur.
Quelques heures auparavant, j’ai placé dans la chambre de Némésis de hautes et solides étagères dans lesquelles j’ai entrepris de ranger selon un ordre réfléchi les antiques Tomes pourrissants.
J’ai aussi rangé la vaisselle dans des cartons et couvert les meubles de housses blanches et fantomatiques. Car cette nuit, cette nuit Les Ordres de la Nuit vont débarquer.
 
Deuxième Partie
Moi-aussi j’ai fait un rêve. 
J’étais sur le lit, au milieu d’une montagne de chaussettes et diverses trouées de sous-vêtements avariés et remuglants ; je voyais, perdu dans mes pensées, une lumière rouge qui fumait, une lumière horrible. Et pourtant je ne pouvais m’empêcher d’avancer vers elle.
J’avais eu une sœur autrefois. Némésis. Némésis, dans mon rêve, essuyait sa morve en blablatant de tout autre chose et j’en profitais pour piocher sous son matelas une hallucinante quantité de sachets. Némésis était à elle-seule une orchidée de ballons multicolores, ses formes étaient tristes, goulues ; elle grogna d’une voix ensommeillée qu’elle avait besoin elle-aussi de drogues pour favoriser ses visions.
De ces Ordres de la Nuit, on ne voulait pas en démordre. 
 
Charles Peigne-Cul ressemblait à la gravure de la Première Page, il était vêtu de manière démodé, avec un feutre large, le genre artiste montmartrois.
Il était venu chez nous pour vendre cette sorte de bible satanique, suffisamment insoucieux pour s’aventurer par ici, dans cette maison loin de tout où les Choses s’étaient déroulés si lugubrement. Jadis.
Le Livre avait longtemps été caché dans le tiroir de la table de nuit de Némésis…
Même totalement junkie, on avait quand même peur après tout ce qu’il avait dit.