Les vies antérieures comme les sauvegardes de l’iPhone avaient le moral bouillant au fond des bottes. Ces vies, contenant leur élément (le bois) et leur occidentale lettre romaine ou grecque, répandaient les rumeurs qui concernaient les guerres d’Achille et son armée des singes.
Il y avait aussi, comme décor, les longues pattes de l’araignée dans le ciel et sur terre qui laissaient crisser, sur le gravier de la route empruntée par ces mercenaires, des choses nerveusement malades : comme des ongles sur un tableau noir, leur assourdissant vacarme se précipitait dans la glaise moulée à la main d’où provenaient les vies antérieures.
Et, alors que je lisais la longue description des petites annonces parues ce matin, ces choses étranges qui ne servaient à rien ou qui semblaient ne servir à rien s’incarnèrent dans les eaux stagnantes des sources miraculeuses, sous les cendres et les braises des feux dominateurs, ou encore aux tréfonds des souterrains où des travaux de cuir et de sciage s’accumulaient… Entre les lignes aussi des cahiers d’écolier des singes mercenaires déguisés pour l’occasion en bonimenteurs, il subsistait la trouille spirituelle des enveloppes qu’on leur envoyait afin qu’ils puissent réussir leur certificat, une seule étape à la fois…
« Les composants de leur premier jour, de leur deuxième et troisième nuit aussi, étaient mûrement établis : dissociés, ils généraient la fonte des glaces dormant à la belle étoile, sous les baobabs de Saint-Péray ; et parfois asymétriques, on les entendait passer dans des tuyaux sensorielles comme les pensées des géants à côté de moi qui avaient l’haleine de la lascivité. Aujourd’hui, par exemple, à la foire où l’on vendait ces immenses tuyaux et où les mains n’attrapaient que du vent, le petit diable vert du Photomaton et ses anneaux pré-découpant les selfies des gens qui ne font qu’observer en ricanant, jetait des insultes de dessin animé, de cartoon multiculturel, à ces personnes de passage. Ses divagations cosmiques aussi comme des attentats sur le papier de moleskine. »
Ces dessins animés alliés à la puissance des vivifiantes brises océaniques du coin laissaient traîner à leur suite les serpentins de leurs braies et cottes de maille en lambeaux… Et comment pouvaient-ils sceller le destin de ces vies antérieures puisque ils ne symbolisaient que la finitude énigmatique des poignées de Soleil noir ?
Par un procédé fantaisiste et quelque peu fascinant, ces vies antérieures, on pouvait presque dire, étaient attentionnées par rapport à leur élément d’origine (le bois qui prenait feu chaque fois que les cris des sauvages résonnaient dans leur caverne, chaque fois qu’elles hésitaient à réinitialiser leur système acquis de haute lutte, leurs circonvolutions cérébrales) et que le médium du village, pour une autre prophétie, interprétait de toute façon qu’en fonction de cet Oracle : ainsi, il avait prédit leur phase terminale lorsque les licencieuses vies antérieures par leur non-existence s’avachissaient en imagination sur les chaussures noires des chasseurs d’extraterrestres !
