Poésie surréaliste NotesMat15

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Périples

À Berlin, silencieusement : la magnifique complexité des quartiers de la finance transmettant et amplifiant des séquences d’images sur ordinateur. Ces séquences d’images ? Figées sur l’unique monocle du chimpanzé ; et l’architecture spirituelle de ces ordinateurs, comment la définir ? Afin de meubler le vide immense, une sorte d’anesthésie temporelle où s’engouffrent les trous noirs…

À Bruxelles, une toile qui noircit un plan d’ensemble, un saisissant cyclone qui rafraîchit les matricides, la beauté qui moissonne des divinités tueuses d’extraterrestres, du crack et des amphétamines qui ossifient les bienfaiteurs, les mécènes de ce portrait à la Dorian Gray.

Mais il reste, sur le chevalet, ce qui pourrait ranimer une âme compatissante, et cette fascination morbide pour les flammes qui se relèvent avec leur damné. Jusqu’au moindre recoin de ce feu que j’apprivoise presque inconsciemment, à Bruxelles, s’entremêlent les histoires qui éclairent alors les mécanismes perturbateurs de mon cerveau encore endormi. Puis un ciel de jade qui devient noir et qui attise les forces, en espérant quand même calmer un peu le jeu ; un ciel de jade et des cours d’éducation sexuelle qui font grossir un travail de sape kafkaïen.

Contournant les données métaphysiques et virtuelles d’une jeune mais déjà légendaire nation démocratique, de vieux films en accéléré, issus de la guerre du Kippour, qui font jaillir le souvenir d’un bouquet de roses !

À Bristol, pour agglomérer dans la ville une élégance d’ensemble impérialiste, des hémisphères synthétisés comme une mélodie qui s’éternise ; une mélodie qui s’affranchit des impuretés alchimiques. Des tas de glace et de neige qui entravent toutes les lames muettes de la première page.

À Londres, un film de Stanley Kubrick qui précède un appel manqué et des murmures précipitant la jolie description d’une kermesse. Mais je préfère m’intéresser au parchemin caché de Jack Kerouac en le découpant sans me préoccuper du message et de cette horloge accrochée au plafond.

À Edimbourg, un jeu éducatif qui s’efforce d’explorer la fange. Et une jeune femme nue qui s’empresse de chercher sa jarretière dans son panier de fortune.


À Sydney, l’agonie d’un rhinocéros blanc qui gît à mes pieds ; un angle qui rêve de surprendre les sources d’eau chaude, un revolver et une arme blanche pour scalper à l’Iroquois la sève des arbres et la pauvre bête qui ravage les champs de l’altitude rouge et fumeuse. Rêveusement, le chimpanzé qui programme une progression à la Vilnius Poker, des histoires qui s’égarent en tirant leur révérence.

À Bristol, des filles à la Rubens qui, malheureusement, pouponnent uniquement leurs diadèmes, des rêves sales qui lancent une restauration en étouffant de ridicules rivières de sang et des sornettes déprimantes qui s’infusent avec le thé ; leur sillage étudié selon les pages d’un livre et des fourrures d’hermine qui enveloppent les filles passives.

En ajoutant un caractère triste qui chagrine la geisha, enfin à Melbourne, les nacelles de la montgolfière qui devancent des voyages imaginaires, inachevés, presque homériques…