La nuit succède à la nuit ; son imagination, formant un monde très cinématographique, traîne sur le comptoir en ivoire comme la photosynthèse d’un jaune d’or très pâli fouillant une anémone de mer… Ensuite le thé au jasmin qui s’infuse, qui pénètre les narines, qui ressemble à la peine ou à une phobie quelconque. Puis le café du Kenya qui laisse perplexe, qui déborde, ou qui engage une conversation avec Dieu.
Il y a toujours ce vent qui balaye la pluie sur l’herbe jaune des nazis et toujours cette anémone de mer qui, à la manière d’une araignée, fait sa toile au plafond ; traînant aussi sur le comptoir en ivoire, des pâtisseries lactées pour enfin vieillir pessimiste, pour faire monter l’arôme de ces gouttes de pluie sans tain, pour se frayer un chemin parmi les vieilles lanternes.
La nuit succède à la nuit, correspondant à un numéro lui-aussi imaginaire, emmaillotée dans son réceptacle de métro moite, elle reflète la moyenne du cristal automatique kilométrique de tous les défauts, de toutes les failles et de tous les crashs des disques durs, internes comme externes. La nuit sécrète aussi des inventions -des inventions d’orpheline mystérieuse.
En éteignant pour de bon les machines aussi undergrounds que sophistiquées, dès l’entrée dans le souterrain du métro, la Nuit sécrète encore des tweets sarcastiques ; des tweets sarcastiques qui se lancent à corps-perdu sur les traces de ces tronches de cake perdues au fond de leurs liaisons et lésions lyonnaises. Lorsqu’un beau matin, épuisé par le sang qu’elle perd, le loyer pas cher qu’elle soumet, elle commence à pâlir au fond des cendriers mémorisés par quatre de son école occulte ; une représentation mentale, placée à fond-perdu et en listes mnémotechniques dans les caves et les greniers de nos maisons où vit aussi le rat…
Tout comme le rat, la nuit se cantonne aux endroits moisis, obscurs, incommodes.
Et puis soudain le Jour ! Comme agrafé maintenant à ses concessions, à la capacité motrice de sa lumière photosynthétique coulant comme une chandelle oubliée, ce nouveau jour, dis-je, l’embrasse en se recouchant sous sa calotte polaire, virtuelle et maléfique ou alors le jour la précipite au fond de son café soluble, à l’intérieur même de ses époques enregistrées en Time Capsule et de leurs domiciles célestes ! Le jour dit à la nuit d’un ton moqueur qu’elle ne fait que vivoter !
Ce soir, suivant sa théorie et sa méthodologie, je martyrise la nuit -son esprit issu d’un paganisme plutôt glouton et personnalisé, et aussitôt elle se rétracte à l’intérieur de son espace circulaire, sous la forme d’une minuscule clé USB qui ouvre instantanément Twitter et tweete une série infinitésimale d’hashtags poétiques ; les utilisateurs étant incroyablement déboussolés face à ces kyrielles amovibles de configurations, toutes interchangeables entre elles !
Elle finit par monter aux arbres, la nuit, pour se nourrir d’écorces et de mousse ; elle aime se nourrir aussi d’idées djihadistes, la nuit, mais aussi de pluies cafardeuses.
