Poésie surréaliste NotesMat15

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La Parano des fous furieux !

Depuis le comptoir, je vois une vieille folle nettoyer ses lunettes avec une brosse à dent, face à elle une bouteille de vodka comme une dégénérescence, une fin de névrose alcoolique, aussitôt télégraphiée à l’employé du mois. Malgré les trous noirs, mon seul objectif professionnel est de répondre à cet appel à texte ; dans cette boîte nous cherchons avant tout la satisfaction sexuelle, mais quand je l’ai vu arriver, cette loque habillée comme un sapin de Noël, plus rien n’avait alors de sens…

Et elle me revigorait, cette vision en fin de karma, comme la pluie de ces pétales de ciel blanc qui étaient bien là pour le prouver ; et même Charles Jacobs, le pasteur du coin dans le roman de Stephen King, ne pouvait contester cette affirmation.
Reprenons : Jamie était à ce moment précis enlacé dans ses bras ; ses cheveux étaient si longs au point de courir jusqu’à l’entrée du Temple de Jacobs, il y avait aussi des guerriers et des chamanes pour me guider entre les dédales de ses pensées. Morbides sans doute comme ces époques que nous traversons avec aucune classe, ayant peur de tout, ce sapin de Noël décomposé dans le coin du salon pour sceller notre idiotie. Mais déjà Charles Jacobs s’éloignait, les poings rageusement serrés au fond des poches, il en avait assez vu.

Pourtant, loin de leur infliger des dommages irrémédiables, cette vieille folle aidait Jacobs et Jamie à mieux appréhender l’au-delà… Et même la dureté de la vie, la méchanceté des gens et leur parano, leur méfiance à propos de tout qui avait des relents de bûcher moyenâgeux. L’aliénée, en effet, aurait été considérée comme une sorcière en des temps plus reculés, une sorcière prenant son pied dans des bains de sang improvisés les soirs de pleine lune, violant à la place de leurs amants, la virginité des jeunes filles rêvant de leur première fois hasardeuse…

Et des rêves, on en tirait une substance, une nouvelle drogue qui ne pouvait être extraite qu’à la force des ravages sur ce littoral côtier imaginaire, peut-être même à cause des éclipses lunaires ou solaires qui annonçaient d’autres massacres… Des massacres qu’on pouvait deviner, présager quand les cadavres des cosmonautes atterrissaient toujours en premier, comme un prélude et par hasard, pour nous faire comprendre que toutes nos lois restrictives n’avaient aucun sens…