Poésie surréaliste NotesMat15

• •

Salives empoisonnées, langues amères.

À la lisière de deux royaumes, la vaste étendue désertique de Ganymède couturée par les joncs. Puis, dans les canalisations, à une époque troublée donc favorable, leur caillouteux taoïsme ou leur invraisemblable limite charriait du sable brûlant rendant l’atmosphère presque irrespirable… éblouis par un soleil de plomb en haut de leur version babylonienne, les voyageurs excentriques se courbèrent sous leurs poids.

Et ainsi instrumentalisés pour se coupler avec les juxtapositions massicotées de leurs nerfs optiques, ils avaient l’impression de cuire dans leur armure, une armure fabriquée au hasard avec l’arborescence de leurs fichiers informatiques. Et si ils regardaient à droite ou à gauche ? Les Oracles annonçant les guerres et la libération de leur mot de passe qui parcourait les voies télescopées cyanosaient le décor et l’envers du décor.

Le décor : on le retrouvait à l’étape zéro des bourgeons qui jonchait la sombre chaîne de leur ADN ; chaîne d’un mètre permettant de remonter du royaume des morts… et de transmettre la consigne donnée quand le stress les gagnait. Déséquilibrés de bout en bout et côtoyant ce capharnaüm corrompu, d’autres soldats, comme ces voyageurs excentriques, en armure blanche apparaissaient comme des sauveurs naissant tous les mille ans de cette semence préservée dans les roseaux. Ils étaient en première ligne comme toujours, des centaines de milliers d’anges de sang, des soldats de la Septième Armée, comme eux, côte à côte dans cette ébullition de bourgeons pleins d’imagination et de malice : ils allaient incorporer le plomb mortel, incontrôlable, ingérable, fantomatique, pour mobiliser d’autres militaires pour ces guerres incessantes. Incessantes ? Des siècles, si ce n’était plus.

En couronnant le vainqueur sous le dôme ecclésiastique de leurs silencieuses faunes célestes, les voyageurs excentriques présidaient à toutes les manifestations liées à la sexualité, ces événements qu’on entendait parler même dans les égouts, aux tréfonds des domiciles célestes les plus hostiles : des interstices de mangrove palpitant sous le fouet que cette rumeur, alimentée par les sauveurs qui l’évoquaient à voix basse et en frissonnant, amorçait le début de la fin de leur semence de tapissier, comme ce tapis de fleurs cendreuses qui sabordait les contemporaines sources de cristal, ces Merveilles du Vide recourbé.