Poésie surréaliste NotesMat15

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Elephant Man Syndrome. Cinquième chapitre.

Une terrible vengeance burroughsienne allait s’opérer dans l’ombre.

La nuit ressemblait à la peinture d’un moine castré. Sans émotions ni parjure, une nuit fugitive et stridente. Je sentis monter en moi un sentiment de mélancolie gluante. J’avais comme un blues qui me peignait le cœur en mauve. J’avais besoin de dormir. J’avais besoin d’une cigarette. J’avais besoin de la présence réconfortante d’une double dose de rhum paille. J’avais besoin de poser mes mains sur le cul d’une femme réelle. Je voulais dessiner l’architecture spirituelle d’un ordinateur.

Je ne sais comment ni par quel moyen, mais je me trouvais maintenant assis devant mon bureau, une cigarette se consumant dans le cendrier, un verre de rhum à moitié vide dans une main et une enveloppe pleine de photos flous en noir et blanc, où l’on devinait vaguement une scène classée X ; de ma machine à écrire avait giclé une feuille ou l’on pouvait lire :
« Les forces spirituelles guident nos pas, nous franchirons tous un jour l’espace reliant l’existence aux ténèbres, nous n’aurons plus besoin de mains ni de jambes ni de cœurs qui battent, j’entends le cormoran des limbes appeler mon nom… On dit qu’un roi perd son royaume quand il perd la vue… »

J’étais tranquillement en train de me servir un verre de vermouth, l’ordinateur scannait par un mélange de calculs savants ces photos où l’on distinguait à peine sur le marbre d’une cheminée une bimbeloterie de fêtes foraines, des figurines préhistoriques – plus tard j’appris qu’il s’agissait des Vénus de Laussel – qui étaient censées représenter la fécondité. Elles crânaient fièrement tandis qu’une dizaine de skinheads, après bien des orgies et après s’être empiffré à mort, un peu comme dans le film La Grande Bouffe, posaient en selfie avec une nymphette complètement nue.

La dernière photo scannée semblait me reprocher quelque chose, un peu comme certaines images des paquets de clopes où l’on voyait des cancéreuses à l’hôpital, un gros plan sur les yeux de la dévotchka qui ne me quittaient plus semblait verbaliser cette question : pourquoi je n’étais pas venu la sauver de cette bande de sauvages ?

Le parasite filaire avait achevée sa mue entre temps. D’étranges phénomènes étaient à prévoir. Sans se pencher sur ces considérations outre-mesure, mon téléphone stridula dans ma poche. Il y avait quelque chose qui clochait, l’affichage numérique m’indiquait que l’appel provenait d’un contact indésirable, je préférais me souvenir de cette vieille télé montée sur roulettes, apportée par l’infirmière de notre service, plutôt que de répondre : c’était une vieille machine pas belle, tout juste bonne pour faire l’apologie de la race blanche et n’annonçait, comme une évidence à ne surtout pas prendre avec des pincettes, que des festins gargantuesques, organisés par ces skinheads, notamment celui raconté dans cette deuxième partie…

Deuxième partie.

Elle allongeait les pas dans la poudreuse, cette guilde fantasmagorique pour terminer le parcours ; ainsi m’avertissaient ces calculs importés dans mon ordinateur par une timeline conçue pour les guetteurs comme moi ; la webcam de la Cora-Hummer 7 clignotait et devait sans doute m’informer que ces Vénus de Laussel, venues de la préhistoire, étaient en ligne et cherchaient à me contacter… Sûrement pour me prévenir que la Guilde allait débarquer chez moi.

Elle était impliquée dans cette affaire qui ressemblait étrangement aux suicides de ces gastronomes de la grande bouffe : une affaire qui peignait mon cœur en mauve lors des neiges précoces, peut-être pour se soustraire à cette timeline défilante, cette timeline que Facebook nous avait caché et même là parmi les autres cachotteries éprouvantes Twitter aussi dans le désert, prêchait, guidés par la démone ?