Poésie surréaliste NotesMat15

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Des brouillons d’histoire de Londres à Sydney.

À Londres, à la une de tous les journaux : le parasite filaire prélevé dans un échantillon d’écume avait encore frappé, une nouvelle vague d’épidémie pressait les Autorités à déplorer un nombre toujours croissant de victimes et à prendre des mesures sanitaires radicales. Ce vers semait ses larves à l’intérieur de la personne contaminée, son œil droit devenait complètement blanc, le conduisant à une vision réduite tandis que ses symptômes psychiques étaient plutôt d’ordre autarciques : le sujet présentant d’abord des signes d’isolement volontaire, ne sortait plus de chez lui, provoquant à la longue sa mort par inanition tandis que l’air du soir s’imprégnait des derniers râles des agonisants…

À Berlin et jusqu’au moindre recoin épiphanique que j’apprivoisai silencieusement : la magnifique complexité des quartiers de la finance transmettant et amplifiant des séquences d’images sur ordinateur.

À Bruxelles, un raconteur qui entremêlait les histoires et ce qui éclairait alors les mécanismes perturbateurs de mon cerveau encore endormi n’avait pas de sens. Puis un ciel de jade qui devint noir et qui attisait les forces, en espérant quand même calmer un peu le jeu ; un ciel de jade et des cours d’éducation sexuelle qui firent grossir un travail de sape kafkaïen.

Contournant les données métaphysiques et virtuelles d’une jeune mais déjà légendaire nation démocratique, de vieux films en accéléré, issus de la guerre du Kippour, avaient fait jaillir le souvenir d’un bouquet de roses !

À Bristol, pour agglomérer dans la ville une élégance d’ensemble impérialiste, des hémisphères synthétisés comme une mélodie qui s’éternise ; une mélodie qui s’affranchissait des impuretés alchimiques. Des tas de glace et de neige qui entravaient toutes les lames muettes de la première page.

À Londres, un film de Stanley Kubrick qui précédait un appel manqué et des murmures précipitant la jolie description d’une kermesse. Mais je préférai m’intéresser au parchemin caché de Jack Kerouac en le découpant sans me préoccuper du message et de cette horloge accrochée au plafond.

À Edimbourg, un jeu éducatif qui s’efforçait d’explorer la fange. Et une jeune femme nue qui s’empressa de chercher sa jarretière dans son panier de fortune.

À New-York, un étrange restaurant : lorsqu’il entra dans le restaurant la tension était au max. Comme une bouteille à la mer, un petit souffle comme une plume cellulaire, quelques minutes auparavant, alors que les surprenantes voitures filaient dans la nuit, en bord de mer ; entre le Bronx et la cinquième avenue de New-York, je laissai éclater ma colère au téléphone : impulsive, soudaine et brève comme un dictateur d’un Paris bu jusqu’à la lie. De ces colères qui ne se dominent pas, une colère brute et barbare de taureau dans l’arène : un authentique culte barbare qui ferma aussitôt le bouchon de la bouteille.

À Singapour, pour m’aérer enfin les poumons, je traînais du côté des esquimaux qui côtoyaient et craignaient les dealers de Goran Pritska parce qu’ils ne lui connaissaient aucune limite. Ils avaient déjà ratatiné plusieurs cancres sur des mouvements d’humeur dans leur apprentissage du sabre laser. Ils baisaient leurs serveuses dans la remise du club et dérouillaient les videurs. Goran Pritska était un impulsif qui aimait se la jouer et qui, dans le bouillant de l’action, ne savait plus se retenir. Je n’ignorais rien de ce tempérament.

Il conduisait la voiture de tête quand les haillons en argent, froids comme le côté droit d’un iceberg et sa base de données, pleuraient des larmes de pluie diluvienne. L’aiguille du cadran de vitesse dérapait vers la droite si les haillons d’argent, qui avaient tant de peine, négligeaient le temps divisé, inconnu, pareil à un drame, à un espoir sanglant.

À Hong-Kong, dans la solitude de ma chambre d’hôtel, j’écrivais un texte qui était une incitation à la haine puis un sujet sur les richesses d’une vallée ouverte sur le monde. C’était pourtant deux textes dont le contenu n’était pas choquant mais quand j’osais enfin aborder cette fille rencontrée un soir à l’aéroport, son verdict semblait verbaliser cette question : est-ce qu’un poète méchant, fou, qui porte la promesse malgré d’autres univers possible avait vraiment des raisons de publier tout ça ? Seule tout la cascade d’un nouveau monde où l’on attendait patiemment la pluie et son eau désaltérante pouvait par son pouvoir de guérison m’instruire davantage et m’inspirer des mots autres que suicide, mort violente, viol ou esclavage, qui s’affichaient malgré tout sur mon ordinateur dans la vive clarté d’une belle journée d’hiver.

À Pékin, dans son enfer polaire, des coups de béliers infatigables et lourds, entrepris par des hommes traitant leur mère de pute, promettant mille souffrances du côté de Sodome qui aime les tendres cœurs.

À Tokyo, en fait posé sur ses genoux, mon front de lecteur obstiné cogitait le chant des rivières, sans pour autant chercher ouvertement à la dénigrer.

À Doubaï, dans les rues et leurs sens cachés qui prêchaient la destruction, les parfums de la négligence ne firent cependant pas frissonner les narines des passants croisés. Abattues sur leur beauté, l’ombre et les limbes de leurs mots suspendaient, entre les lignes d’un roman en souffrance, le début d’une vengeance personnelle.

À Sydney, enfin, terrassée par la tuberculose, l’auteur de ce texte, souvent sur la montagne, tristement s’assied au sommet de ces mondes blanchis, religieux comme la cloche qui sonne ; ni charme, ni bonheur, d’un œil indifférent je n’attend rien des jours, ne demandant rien à l’immense univers que tout âme désire en son for intérieur comme une incitation à la haine, à la violence et à la destruction, emportée par l’orageux aquilon.