Les deux filles du marais, le mieux qu’elles avaient à faire c’était de tomber sur cette île paradisiaque uniquement réservée aux novateurs, aux révolutionnaires même.
Pied au plancher pour que l’on rejoigne à temps avec ces deux nymphettes les cités mystérieuses, nous étions bons pour la faire la une de tous les journaux : nulle vision, pas le temps pour s’imprégner des derniers râles des victimes que le parasite filaire avait fait entremêler les rumeurs, les histoires les concernant. Et ainsi, trouvé ce qui était laid, et que l’unique attitude de ces pauvres dévotchkas n’avait rien d’autres à nourrir que la rouge et fumeuse déception : à savoir dans les yeux de ces modistes, je n’avais pas relevé le pari sachant ce que j’allais perdre et gagner et qu’elles avaient la science parfaite pour attirer les faveurs des dieux, les dieux des géographies grêlées de motif grégorien, parce que des divinités comme ça ne pouvaient que exaucer leurs vœux : foirer les paris de leurs prétendants.
Et moi, parmi eux, au lieu de donner un scoop, et deux titres pour les journaux américains, des monolithes grimés, je ne savais pas, parce qu’elle était en train de se dénuder au sommet d’un tas de dune que la jaguar avait défoncé, fait balancer la poussière et fait danser des tas de putains obscurités, je ne savais plus où j’en étais. Ces poupées gonflables placardées sur les emplacements publicitaires pour nous vendre des racines de gingembre ou de la lessive avariée (alors qu’il s’agissait en réalité de viande pourrie de veau réduite en poudre et c’était exactement ce qu’il fallait pour éclairer tout ce que la personne contaminée allait enfin comprendre)
Et les mots tombèrent soudain en pluie sur la page de choux, cette article d’investigation pour créer son mythe, leurs mythes alors qu’elles étaient ces deux actrices droites dans leur botte de cuir et dénudées dans la cuisine complètement blanche, dans mon salon doublement dévêtues nous conduisant à écarter les rétines des agonisants…dans leur orbite, prélevés dans un échantillon d’écume, les mondes où l’on vivait uniquement dans le noir… Et triplement dévêtues lorsque l’épidémie avait encore frappé… Ainsi déversant dans le journalisme d’investigation, on suivait de près cette nouvelle vague d’épidémie qui pressait les Autorités à déplorer un nombre toujours croissant de victimes et à prendre des mesures sanitaires radicales.
