Poésie surréaliste NotesMat15

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Neige précoce, l’enfance comme ascèse spirituelle… ou des solutions d’habitation ailleurs !

Cette nuit-là, il avait neigé. Comme le grand silence d’une époque où les filles étaient jolies.
Que dire des vieilles rêveries que de grands écrivains avaient généré sans comprendre le mystère intime de ce matin de glace ? Je m’étais épris de liberté, cette liberté connue des seuls artisans de la fiction, ma mémoire blanche – héron tendu sur le lac – se souvenait qu’il y avait tellement plus important, tellement plus d’enseignements que ce sentiment qui s’appelait nostalgie.

Je réapprenais l’enfance, je réapprenais à apprendre, à désirer, à défaire le nœud du chignon de la soubrette : emmêlé dans ces torrents infimes, dans ce soupçon de lune à une époque où le côté sexuel, le côté obscur, ne devait qu’attirer les mouches sales…

Il brillait sur le toit de mon école, il brillait sur ses anges aux ailes s’hérissant de silicone noir –une image d’eux montés en neige, le bonheur comme la semence de tous ces visages étonnés, rougis par les vents froids des hivers d’autrefois-

Cette nuit-là, étaient venues s’imaginer les ombres : ces marchands de thé Pennyroyal, ces coursiers de rêves tarifés, ces corps gras et toutes ces poupées gonflables placardées sur les emplacements publicitaires tombant en flocons. Comme des étoiles polaires. Elles marchaient sur les cimes scintillantes de sanglots doux, une façon très pernicieuse mais très intelligente de mélanger le jeu, la rigolade et les excès.

Je réapprendrai l’enfance comme ascèse quotidienne, ignorée des ondes médiatiques, ou comme cette écriture tremblante et écorchée vive à l’image de Kurt, devenue automatisée par tant d’injonctions littérairement écrasantes mais toujours aussi nécessaires.
En ces temps prémâchés de cristal et de souvenirs pour rôder ailleurs, puisqu’il y avait toujours des solutions d’habitation… ailleurs !