Poésie surréaliste NotesMat15

• •

En pleine possession de nos moyens, la Tour de Babel

Pour tout dire, j’avais confiance en son pouvoir fleurissant, grandiloquent aussi mais toujours séduisant ; séductrice aussi était la poétesse qui tétait le lait des grands yacks devant mes grands yeux écarquillés tandis qu’une luminosité phrygienne sur l’écran de mon ordinateur ultra sophistiqué flashait les murs de notre repère : au sommet des altitudes rouges et fumeuses, c’était une sorte de tour de Babel, provoquant des céphalées sur la population d’En Bas par baisses de pression.

Les années s’écoulaient et, au Sud comme au Nord, des histoires taillées dans les guêpières des matrices blêmes assortissant cette très haute construction, se frayaient un chemin pour se faire reconnaître ; pendant ce labeur harassant j’entendais se décanter leurs formalités spirituelles et esthétiques, juste de quoi répandre sur les terrasses perchées de la Tour de Babel cet encyclopédique arôme provenant de l’eucalyptus et des grenades plantées au fond de ses profondeurs médiévales…

J’avais aussi confiance en leurs pouvoirs enjôleurs : comme ces neuf muses qui rendaient de l’huile de vidange, elles émettaient quelque chose de neuf, quelque chose plutôt grunge quoique désuet comme ces chansons de Kurt Cobain, qu’on écoutait les jambes dans le vide, perché sur le promontoire où reposait notre Tour de Babel… il y avait aussi, et on les voyait de loin se poindre à l’horizon, des îles comme Marie-Galante accrochées aux abysses comme ses boucles d’oreilles, comme les chaînettes autour de sa cheville ; et puis il y avait les faïences de Big Ben qui jetaient sur mes pensées des lueurs crépusculaires conçues comme des carences affectives.

À moins qu’il s’agisse d’une voix de femme qui soudain d’une fastueuse rapidité les offrit aux manipulations des sabres de samouraï, tout restait à déterminer…