Poésie surréaliste NotesMat15

• •

Crimes et Châtiments !

Eperdument, afin de lui soulever gravement mon chapeau, j’ai suivi dans ce tunnel obscur Marmeladov (le fonctionnaire ivre qui interpelle Raskolnikov, le personnage central dans le roman de Dostoïevski : Crime et Châtiment) ; la déchéance de ce personnage, en vérité, n’est qu’apparente : une pure fiction émotionnelle.
Une pure fiction qui se fabrique, à force de labeur, par associations d’idées jusqu’à ce que la conscience me ronge : cette volonté de tout détruire, d’aller au fond de l’impasse ; mais j’ai continué de le suivre, Marmeladov ou plutôt ce qu’il représente, en rageant contre moi-même.

As-tu deviné lecteur où je voulais en venir ? Cette folie ultime d’aller jusqu’au non-sens.
Je vois tout cet argent que j’ai détourné pour mon projet, cet argent que j’ai volé même à ceux qui m’étaient chers jadis, je vois aussi ses innombrables lieux où l’argent, en passant de mains en mains, a disparu ; toutes ces nuits blanches à trimer, à chercher comment mettre mon plan à exécution, à le faire perdurer sans que personne ne remarque mes agissements ; je me souviens enfin de Katia, la pauvresse qui s’agitait dans la pénombre de la chambre d’Angela, effarée, elle-aussi perdue dans une impasse ; tout, à présent, me revient…
A un point donné, le monde que je connaissais avait disparu, ou bien s’était retiré, remplacé par un autre ; la dépression qui me menaçait m’avait déjà évincé avant même de passer à l’assaut.
La liberté ne signifiait rien pour moi, ce n’était qu’un violent tremblement de coeur.
J’avais peur. J’avais peur qu’on exhume mon Secret -le secret qui nous liait tous mais aussi qui me couvrait de honte et d’opprobres ; le monde d’avant s’était effondré comme des morceaux de banquise. La dépression, aux tentures noires, s’abattait elle-aussi… La fusée de Jumbo avait décollé, me laissant seul dans la chambre d’Angela avec Katia sur une planète presque entièrement dévastée par ma faute : et si cette mauvaise fortune parvenait finalement à me rendre insensible, une vraie brute en puissance qui un jour funeste d’ivrognerie avait roué de coups son flanc gonflé où vivait déjà un embryon d’homme ?
Des nuages noirs avaient exaucé mes désirs les plus morbides : la pluie tombait à présent sans cesse sur la planète OS X.
Nos voix étaient lasses dans la nuit. Quelques secondes d’intervalles suffisaient à les effacer ; Et le silence régnait alors en emportant notre conversation, archivée malgré tout par notre cyborgs-serviteur.
Elle avait eu son diplôme de psychiatre à l’occasion de ses vingt-deux ans : faute d’être sur le terrain, elle avait délaissé l’archéologie, ses premières études qu’elles portait avec un intérêt certain, pour la psychanalyse : mais cette science ne sert pas à grand chose quand la désolation vous entoure, tant d’énergie gaspillée en vain ! Cependant le programme que je suivais et qu’elle enseignait tentait de me réconcilier avec la vie. C’était une méthode de libre association.
Et comme chaque soir, j’associais les mots qui me venaient à l’esprit, avant de fumer au balcon d’Angela : je préférais largement ces moments silencieux, j’inspirais longuement la fumée en observant les voies lactées, toutes enchevêtrées entre elles, jusqu’à ce qu’elles se vident de leur utilité.
Initié par leur force cauchemardesque je désespérais : trop d’espace, et bien trop isolé parmi ces ténèbres, je ne voyais toujours pas d’issue ; et le moment où il faudrait révéler le secret, je pouvais toujours le reporter : il s’approchait… comment allais-je survivre à un tel déshonneur ? »
Peut-être parce que j’étais déjà voué au culte du démon, comme en réponse à toutes les questions.

Il ne restait maintenant qu’à analyser le traumatisme qui était à l’origine de toute cette histoire…