Poésie surréaliste NotesMat15

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Pagan Peak. Premier chapitre.

« Écoute, je vais te raconter mon rêve : nous volions sur les ailes d’un couple de jars, le ciel se violaçaient d’une lueur crépusculaire, sûrement le résultat de leurs péchés. Nous avions en notre possession les oeufs du monstre dans nos sacs. Ces œufs qui avaient tant sommeillé jusqu’à fermenter et patiemment nous attendions la funeste Éclosion qui donnerait naissance à la morbide Saison Rouge. Comme les deux seules personnes qui savaient que ça devait finir par ça, que même le début n’avait été créé que dans ce sens. »

En rampant sous les lasers de surveillance d’un grand building, il eut l’intuition qu’il était en mouvement et même son cerveau était en alerte, puisqu’il lui envoyait des messages comme des SOS, certes contradictoires mais d’autres avaient le mérite de disparaître avec la voix off. Un froid polaire couvrit sa main droite qui fouillait le sac contenant les oeufs. Il se débattit avec cette douleur glaciale, et quelque instant après avoir sorti sa main du sac, la voix off revint en l’incommodant et exigea de lui toutes ses ressources vitales. Un laser passa, il était à quelques centimètres de lui mais il réussit à reprendre ses esprits et en roulant parvint à son objectif : éteindre le système de protection.
Bien que ce bâtiment se situait en Allemagne, il appartenait à un roi de Jordanie qui aimait bien exhiber sa fortune. Hendrix n’était pas venu pour voler, simplement pour cacher dans un lieu sûr les oeufs du monstre, un endroit où on ne les trouverait pas. Après ? Après il pensait que les créatures sorties de leur matrice s’attaqueraient d’abord aux gens qui seraient présents ce jour là, et c’était ça son projet.

Hendrix avait aussi appris que les substances chimiques de leurs glandes avaient le pouvoir de les accoupler même à des milliers de kilomètres. Mais en ce moment il était plutôt préoccupé par cette angoissante voix off qui lui avait introduire des krills dans le nez, ou plutôt qui lui avait obligé à faire cette chose. C’était une espèce de crevette survivante et mutante, et désormais à l’intérieur de son crâne, Dieu seul savait ce qui pouvait advenir de ce triste individu, et ça n’avait rien de funky. Par moment, tout vacillait. Mais il se souvenait des paroles de l’Ancien, un gars en blouson de cuir qu’il avait rencontré à l’origine où le Mouvement se formait : « Au début, on a terriblement mal mais dans deux à trois mois il ne reste plus qu’un orgelet sur ton oeil droit, c’est tout ce qu’il reste de ces saloperies. Il faut le chauffer doucement avec un coton brûlant, par petites pressions, et il finit par se nécroser de lui-même… Mais avant, si tu ne contrôles pas ton esprit, les krills vont essayer de féconder toutes tes bactéries, ou pire tes virus latents. Mais tu n’échoueras pas, leur force décline au bout d’un certain temps et elle se rassit au point que même la voix off n’a plus d’emprise sur toi. Question de temps et de contrôle. »

Quand Hendrix revint chez lui, après avoir planqué les oeufs à l’abri des regards, il lança sur son blog un nouveau chapitre évoquant toute l’inimité que lui et ses frères de la forêt nourrissaient à l’encontre de la modernité. C’était la saison rouge et il allait tous les affronter. Et les abattre froidement. Aussi bien virtuellement en étouffant leur domination par du piratage informatique, que dans la vie réelle en leur montrant ce qu’ils ne voulaient pas voir.

La moisson de cette saison rouge, et il ne le savait pas encore, se raccordait aussi aux ambitions d’un autre tueur, peut-être plus intelligent que lui. L’homme en question, un certain Whalid, se tenait à cette heure devant son ordinateur, au sous-sol de sa cabane ; il travaillait le jour pour préserver la nature comme garde-forestier. Mais dès que le ciel, le paysage des montagnes, de la neige, des arbres et les violentes bourrasques se retrouvaient emmêlés dans la noirceur des nuits d’hiver, il bûchait sur son projet. La lampe de son sous-sol ne s’éteignait qu’au petit matin. Et ce soir là, bien davantage que d’autres fois, il se sentait presque émoustillé quand il vit le labyrinthe des forêts l’environnant s’embrumer de manière mystique.

Whalid avait eu la discrète bizarrerie de fréquenter très peu de temps la secte, il n’avait laissé de son passage aucune trace, mais il avait eu le temps de faire connaissance avec Hendrix. Aux premiers abords, le futur homme de la forêt l’avait trouvé d’un potentiel hautement vulnérable, incapable de mener une guerre héroïque contre les barbares modernes. Puis, en y repensant cette nuit là, il avait eu la folle idée de s’allier à lui, du moins sans que Hendrix consciemment puisse s’en rendre compte. Ce jeune rêveur pouvait servir sa cause puisqu’il entendait la Voix ; maintenant il en était convaincu. En redécouvrant son blog des années après, il fut surpris d’être aspiré par ses mots. Ses phrases s’enchaînaient logiquement bien qu’elles dérogeaient à toute logique. Comme celle-ci : « Les lubriques pucelles sacrifiées au clair de lune ne pourront jamais ressusciter, ni même quelqu’un ne pourra les ranimer, ce qui compenserait un peu l’ardeur meurtrière des dieux de la forêts, pédés comme des phoques et qui n’accepteraient jamais ce genre d’offrandes… »

Le nouveau président avait raflé tous les suffrages de cet électorat d’extrême-droite qu’il devinait outré par les immigrations, son crédo nauséeux et pendant qu’on les voyait à la télé se saluer, le nouveau et l’ancien chef du gouvernement, des lambeaux de peau de Enrica sous les coups de fouet de Hendrix se détachaient : elle l’avait déçu, abusé de sa confiance, de ces oeufs étranges qu’elle lui avait vendu, rien n’avait percé et les rêves de l’exterminateur s’était écroulés.
Si on se risquait assez près de cette scène de torture, un observateur attentif aurait remarqué qu’il y avait un autre homme avec eux mais il avait un masque affreux et se lovait entièrement dans la pénombre : Whalid était uniquement vêtu de noir et, dès que Hendrix acheva sa victime, il eut un rire guttural, celui d’un fou complètement tordu. Et quand Enrica bascula entièrement dans les ténèbres, tous deux s’écrièrent que les individus lambdas comme elle ne parvenaient jamais à appréhender l’au-delà. Que c’était même leur langage consensuel qui les en empêchait. Et leurs élucubrations toute la nuit se prolongèrent, tous deux philosophant de plus belle, avec d’autres concepts censés démontrés l’inculture et l’hérésie de ces esprits inférieurs… Mais qui avaient eu le mérite de faire s’évanouir la voix off.
La moraine des glaciers s’effondra au loin, lasse de les entendre pérorer.

« Je vais te confier un secret : un beau jour, alors que le commun des mortels le dédaignait, voire le méprisait, un triste hère partit pour une contrée obscure qu’on disait rayée de la carte par la destruction d’un monstre. Il marcha, il marcha, il marcha longuement. Jusqu’à ce qu’il arrive aux abords d’une cahute au milieu des bois qui avait l’air abandonné. Il jeta un coup d’oeil à la fenêtre et il ne vit pas grand chose, sinon que l’endroit avait l’air sale et que les meubles et les affaires du propriétaire avaient été retourné dans tous les sens. Intrigué, il décida d’entrer et après avoir fait le tour de la maison, il s’aperçut qu’il y avait une trappe qui menait au sous-sol ; il descendit laborieusement, se cognant un peu partout dans l’obscurité mais arrivé en bas, des bribes de conversation parvinrent à son oreille, ça venait d’une étrange machine (il ne savait si il pouvait la qualifier d’ordinateur) qui passait en boucle une vidéo d’une YouTubeuse beauté. Et dans un coin des objets insolites rouillaient. L’un d’eux retint soudain son attention, il décida de l’emmener dans ses bagages. Beaucoup plus tard, après plusieurs heures de marche, il arriva à court de provision et il semblait harassé, il lui semblait que sa tête gonflait. Il eut une forte envie de se moucher, il attrapa un mouchoir, il éternua et il vit avec horreur que le mouchoir était maculé de crevettes sanguinolentes. Pour compléter le tout, des émanations pestilentielles, provenant sans doute de l’humus de ces forêts maudites où il s’était perdu, lui retournaient le coeur. Il pensa alors pour ne pas vomir à cette relique d’un autre âge qu’il avait pris dans cette cahute glauque quelques jours auparavant.
Plus il l’approchait de lui et dès qu’il posait la main sur sa surface métallique, il entendait une voix off résonner non pas à l’extérieur mais à l’intérieur de lui… finalement il comprit après l’avoir analysé sous toutes les coutures que l’instrument en question émettait une radiofréquence permettant de faire naître cette voix dématiéralisées.
Il était trop tard pour s’en débarrasser, il devint fou rapidement et de manière fulgurante sa radicalité meurtrière le poussa à commettre des crimes dont il ne fut jamais soupçonné de retour au bercail, se terrant dans des terriers le jour pour mieux opérer la nuit. »

Parmi la foule qui attendait en bas ce politicien, il y avait un homme de la police criminelle qu’on avait envoyé, celui-ci était posté à côté de la seule et unique entrée par où s’était engouffré tout ce peuple. Ses yeux d’un vert doré, quoiqu’on aurait pu les qualifier de reptiliens, balayaient tantôt l’élu qui descendait tranquillement les cent-cinquante-huit marches de son nouveau palais, et d’autres fois un type goitreux avec une fourrure de vair, l’air crade.

Dans les locaux de la police, on racontait que le seul moyen de le retrouver (c’est à dire l’auteur de cette folie meurtrière et païenne qui s’abattait sur l’Allemagne et l’Autriche) c’était de faire appel aux calligraphies des mondes celtes, de l’au-delà… sans savoir qu’ils avaient déjà prédit l’imminence de la Saison Rouge…