Poésie surréaliste NotesMat15

• •

J’irai dormir dans les plantations de café

Les méandres du Sahara Occidental affichés comme posters dans le bureau, c’était pourtant un très bon café ; et alors que j’écrivais et que la pluie ne tombait pas comme si je voulais un jour de pluie diluvienne, le café arpentait de haut en bas les icebergs et les banquises par ma plante des pieds… et je fumais toujours religieusement mes Craven A sans me soucier des anciens d’Algérie qui empiétaient sur le bureau.
Le café éveillait en moi des émissions style j’irai dormir chez vous en bâtissant d’un œil distrait des fortifications matricielles sur l’échiquier. Dans la vase à plasma, ce café avait placé la famille au complet dans mon bureau où je m’étais isolé pour écrire en mettant échec et mat et en volant la vedette aux rois des vikings. Avec le café pour plonger dans sa noirceur et des années lumières pour guérir !

A chaque gorgée je marchais sur des pythons noirs, comme étonné de nourrir ces reptiles que je prenais pour des serpents. Rêveusement j’affichais toujours un sourire de cabale dans les bois et la piscine de pythons noirs déborda en se gavant d’hectowatt et de syndrome lumineux.
J’écrivais pour la zone.org avec l’idée de déverser des flots de pétales sur la tête des rois vikings pour leur baptême tropical. Pour paraître plus divin aussi.
Et de la divinité, il y en avait dans ce bureau transformé en drakkars viking.

C’était la mécanique des vents du sud qui m’avait poussé là, à décrire l’arôme du café pour Oscar Wilde et son odieux portrait. Il y avait aussi, immergé dans mon café, des planétariums chargés de larmes ou de lames de couteaux et de sabres.

Pour ouvrir les enveloppes je sabrais aussi le papier avec un coupe-papier ; un courrier qui exploita au maximum la faille et la faillite de la médecine aussi bien orientale que traditionnelle. Et il en avait aussi des arrières-goûts de Craven A ce papier que je fumai, le kif, ce mélange de tabac blond et de marijuana et il en avait aussi des arrières-goûts d’âmes grises ce café détonant que, nous le savons tous, Mistigri dans ce bureau détient la recette. Une recette pour faire planer le marais poitevin comme le savant remix de Smells Like Teen Spirit trouvé un jour de pleine lune dans les bas-fonds… et tout cela avait du chien.

Et du chien, ils en avaient les chiens tournant autour de nous quand nous eûmes enfin planté d’autres pousses de café ; ce café qui avait outrepassé son but, à boire jusqu’à l’overdose.