« Mon esprit est-il vraiment dérangé ? A-t-il réellement inventé toute cette histoire ? »
Cette nuit j’entendais le métro gronder sous terre. J’avais attaché cette journaliste fouineuse, dans ce souterrain qui menait à l’étrange famille des Cora-Hummers, et les sirènes mugissaient. Après bien des siècles à me terrer, j’avais décidé d’échouer dans les méandres de Cinécity.
Ce n’était pas un hasard si j’avais choisi Cinécity. Quand j’étais arrivé aux portes de la ville, deux squelettes affligeaient les murs de la vaste entrée d’obscénités bien choisies ; tel un visiteur spectral, j’avais continué mon chemin. Et j’avais fini par retrouver, après avoir longtemps traversé un brouillard dense, ce repaire kafkaïen…
Dans une pièce du palais épiscopal du dernier empereur, donnant sur une pelouse bien verte qui avait servi à accueillir de nombreuses réceptions et étant largement mentionnée dans mon Manifeste, des lampions avaient été accrochés au plafond et j’attendais d’être seul avec Sa Majesté, en les observant clignoter.
Bien plus loin, dans une contrée lointaine, étreignant sa cravate qu’il s’empressa de nouer autour de son cou, Max Jacob regarda ensuite la largeur comme la longueur de sa feuille blanche où il devait écrire ; dehors le ciel avait fait des noeuds avec les nuages et le soleil de jade retombait comme ce tissu de soie dans le fond illuminé d’un puits.
Et à la surface de l’eau vaseuse une vibration grunge enjôla sa mémoire, ici les conceptions de Max Jacob, où à Londres ou à Rio de Janeiro, avaient soustrait de la vastitude des phosphorescentes matières grises le sceau de leurs Voyelles que le poète symboliste, Arthur Rimbaud, avait nommé par leurs couleurs méditerranéennes : A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu…
