Moteur à l’arrêt, ses pieds nus au-dessus de la boite à gant, Nausicaa contemplait la pluie s’abattre sur la carcasse de la voiture. Parvenant aussi de la boite à gant et jusqu’à s’interrompre lors de nos jeux comme le nain jaune, on n’entendait presque pas le ronronnement pré-enregistré du Tamagotchi de la sœur d’Angela… Et toujours au-dessus de la boite à gant, des papiers, des manuscrits comprenant des zéros et des uns, afin d’incarner le point de non-perception de ses pieds nus, de ses bestioles virtuelles aux museaux qu’on ne voyait que dans les cirques, veillaient par une douce chaleur à jalonner nos silences lactescents, ces vides immenses qui semblaient harmoniser le lieu…
Cette baraque à frites ne devait plus être très loin, on démystifiait déjà sa légende… Légende qui se dessinait dans les tisons d’un feu : une sensation de brûlures acides mais comiques. En me compromettant jusqu’à très tard sur les arêtes des chapiteaux de tous ces cirques où il s’était échappé, ce bestiaire fantasmagorique, j’imaginais, maintenant libre de toute interprétation, que les bûchers léchaient par leurs lacs de flammes naissantes les pieds de tout ce monde repartant à la chasse et véhiculant, tout en brûlant, les plus belles crémations ou les plus prudentes combustions de ce moteur à l’arrêt.
Et, cette ruine avec son moteur fabriquée par la Main Noire (c’est à dire un groupuscule occulte, en fait) émettait donc, branchée en Bluetooth au Tamagotchi de Nausicaa, des sons parvenant des cirques muséographiques, des échos interrompus par la rumeur incessante des enregistrements de ces pluies diluviennes, ou même les silences entre deux messages que les bêtes étranges aux museaux cherchant à l’avance les parfums de muscade ou de lavande, rendaient fous, aliénés, partant en vadrouille : un manque de jugeote qui les condamnerait aux champs de maïs des jacobins, les rendrait vierge de toute contamination microbienne ; ce qui d’une part les réveillerait de leur sommeil de lave éternelle et d’autre part les définissait, depuis trop longtemps, comme ladres et indignes à la reproduction d’organismes génétiquement modifiés…
