Poésie surréaliste NotesMat15

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L’inception

Une petite fille chantait dans une ruelle noire de Karachi :
« On rêvait d’oies sauvages qui engageaient le printemps sans nous opposer de résistance
Et de grandes fenêtres ouvertes sur les mers septentrionales, telles une mémoire résiduelle,
Je glissais sans contrôle sur le rebord du monde du dehors, fébrilement, elle était déjà là »
Un enfant reprit le couplet en le modifiant
« On rêvait de doigts sauvages qui enfantaient le printemps sans nous opposer de résistance
Et de grand squats ouverts à tous les rêveurs, peut-être sur les mers septentrionales, telles une mémoire résiduelle voguant sous les flots de l’amnésie »

L’amnésie des rêves mais il y avait toujours une équipe au passé spirituel trouble et quiconque s’improviserait à la recherche de la nuit verte de l’Alaska, penserait que ces gars-là ne s’étaient pas contenté du petit chèque de fin d’mois, de la télé, du canapé et du crédit à payer, mais seraient parti comme eux sur les traces des chercheurs d’or.

Dehors, fébrilement : ils chevauchèrent les barbelés entourant notre vieille bâtisse ; beaucoup de cloportes comme n’étant là que pour la spiritualité, pour la recherche de la nuit verte de l’Alaska n’aurait pas ratisser les lieux cette nuit-là car ils chinaient à cette heure dans un autre endroit et ainsi on ne pourrait pas les repérer, les deux gosses qui portaient des casquettes de plomb ; à l’intérieur d’extraordinaires flacons, d’une salinité de conquérante pour qu’ils se les injectent en intraveineuse, attendent les Rêveurs tandis que tombe la fantaisie des petits flocons blancs. Des souches blanches et vieilles de petits flocons blancs avec, pour chaque soir, un rêve différent et, pour chaque rêveur, la livide, la fantasmagorique, l’inavouable, la guerroyante pharmacopée des sédatifs qui eux aussi ont été privilégié en intraveineuse, et parmi ces substances la vénitienne térébenthine de Yussuf.

La gamine murmura cette fois à l’autre gosse qui avait des sandales comme Hermès ou des pompes de pétasse :
« Elle me dit : « N’aie pas peur, même si je pars
ne crains rien, pas même mon absence. » Elle s’échauffait la voix

Dehors toujours, à tâtons, le Voleur qui n’avait pas cinq ans devant lui et qui n’avait qu’un oeil, semblait sur le point d’être absorbé par cette bulle onirique qui partit à la dérive et que formaient les rêveurs. Il se souvint des anciens pilleurs qui étaient reparti les pieds devant. Ils s’étaient jadis risqué à côtoyer Yussuf, le grand maître des Rêveurs avait sorti la lame de samouraïs, prêt à en découdre avec leur humeur massacrante, et le sang avait giclé et il y avait même cette nuit-là un Rêveur qui d’habitude indiquait la position du Magic Bus aux autres drogués et qui s’était finalement perdu dans les ruelles noires de Karachi ; sûrement à cause de cette raclée infligé par Yussuf, le chimiste, et qui avait fait tanguer la matrice onirique.

Le Voleur aperçut à la dérobé la porte principale grillagée, un désordre de vieilles carcasses de voitures régnait ici et parmi elles l’antique van trop en ruine pour que ce monde puisse établir un lien avec le Magic Bus quand ils rêvaient, leurs membres engourdis par le sommeil, leurs mémoires défectueuses, shootées jusqu’à l’overdose et quand tout sera fini, qu’ils seront congédiés chez eux- ils ne pourront appréhender l’hostilité énigmatique de la foule qui veut les lyncher qu’à travers le prisme déformé de leur trop longue virée au pays de Morphée, ces fantômes.

Quand le voleur se fut introduit dans le bâtiment au style néo-gothique et s’engagea dans l’obscurité, se heurtant à de grands piliers, des colonnes de marbre, après avoir trouvé une cachette où on ne le verrait pas, il observa un homme éclairé par une unique torche, et qui tentait de réanimer une pipe d’opium et comme tous les autres hommes usés, lessivés de son espèce, son esprit errait sans rien remarquer ! Dehors, à cette heure tardive leurs épouses qu’ils avaient délaissé, essaimaient avec leur robe de bal les places où il y avait encore de la vie et qu’on apercevait que la nuit…

Alors on put entendre les deux nains de jardin gémir dans le vent affligé :
« Nous avalerons le grand néant illusoire et quand les gosses creusaient les tombes aux pieds des murs de briques, sidérés pour être nos prisonniers…. dans ce cimetière entourant la bâtisse, nous nous étions révoltés mais pas tant que ça finalement
Et je pensais à ces neiges qui encombraient les toits des écoles mais elle ne pouvait pas saisir encore le sens de mon plan
Qui nous aura cet aura à faire sortir les lianes de neige, les fouets, les cravaches, de cette jungle d’où elle se croyait jadis en sécurité, sécurité qui s’effondra sans lui rendre ses lèvres de glaces ? Le plan était donc parfait, je pourrais donc affirmer que le cobaye s’était bien acclimaté à l’inception, une idée tenace, coriace injectée au sein du subconscient du rêveur » ; « un liquide chaud et humide, provenant de cloportes » prononçait lugubrement le présentateur de JT
Tandis que je mangeais ses jambes et son ventre écrasés suite à cette inception
« imaginais pour nous des pèlerinages… ou des chambres à gaz, des camps de la mort »

À migrer dans l’ombre de toutes les géographies

[i]« N’aie pas peur, même si je pars
ne crains rien, pas même mon absence. »[/i]

Dernier refrain du petit gavroche androgyne qui cette fois était coiffé d’un haut-le-forme rose : « Je me souviens d’un temps où elle se levait à peine qu’elle prenait des pilules pour dormir. 
Elle avait descendu les marches du métro dans la meute et rêvait de partir dans des pays où il fait chaud à l’autre bout du monde, loin de ces tortionnaires qui me tuaient et qui m’obligeaient à creuser nos tombes »