Une petite fille chantait dans une ruelle noire de Karachi :
« On rêvait d’oies sauvages qui engageaient le printemps sans nous opposer de résistance
Et de grandes fenêtres ouvertes sur les mers septentrionales, telles une mémoire résiduelle,
Je glissais sans contrôle sur le rebord du monde du dehors, fébrilement, elle était déjà là »
Un enfant avec elle reprit le couplet en le modifiant
« On rêvait de doigts sauvages qui enfantaient le printemps sans nous opposer de résistance
Et de grand squats ouverts à tous les rêveurs, peut-être sur les mers septentrionales, telles une mémoire résiduelle voguant sous les flots de l’amnésie »
L’amnésie des rêves mais il y avait toujours une équipe au passé spirituel trouble et quiconque s’improviserait à la recherche de la nuit verte de l’Alaska, penserait que ces gars-là ne s’étaient pas contenté du petit chèque de fin d’mois, de la télé, du canapé et du crédit à payer, mais seraient parti comme eux sur les traces des chercheurs d’or.
Dehors, fébrilement : ils chevauchèrent les barbelés entourant notre vieille bâtisse ; beaucoup de cloportes comme n’étant là que pour la spiritualité vaseuse, pour la recherche de la nuit verte de l’Alaska n’aurait pas ratisser les lieux cette nuit-là car ils chinaient à cette heure dans un autre endroit métaphysique et ainsi on ne pourrait pas les repérer, les deux gosses qui portaient des casquettes de plomb ; à l’intérieur d’extraordinaires flacons, d’une salinité de conquérante pour qu’ils puissent se les injecter en intraveineuse, attendaient les Rêveurs tandis que tomba la fantaisie des petits flocons blancs. Des souches blanches et vieilles de petits flocons blancs avec, pour chaque soir, un rêve différent et, pour chaque rêveur, la livide, la fantasmagorique, l’inavouable, la guerroyante pharmacopée des sédatifs qui eux aussi avait été privilégié en intraveineuse, et parmi ces substances la vénitienne térébenthine de Yussuf.
La gamine murmura cette fois à l’autre gosse qui avait des sandales comme Hermès ou des pompes de pétasse :
« Elle me dit : « N’aie pas peur, même si je pars
ne crains rien, pas même mon absence. » Elle s’échauffait la voix.
Dehors toujours, à tâtons, ces titis qui n’avaient pas cinq ans devant eux et qui n’avaient qu’un oeil, semblaient sur le point d’être absorbés par cette bulle onirique qui partit à la dérive et que formaient les rêveurs. Ils se souvinrent des anciens pilleurs qui étaient reparti les pieds devant. Ils s’étaient jadis risqué à côtoyer Yussuf, le grand maître des Rêveurs avait sorti sa lame de samouraïs, prêt à en découdre avec leur humeur massacrante, et le sang avait giclé et il y avait même cette nuit-là une Rêveuse qui d’habitude indiquait la position du Magic Bus aux autres drogués et qui s’était finalement perdu dans les ruelles noires de Karachi ; sûrement à cause de cette raclée infligé par Yussuf, le chimiste, et qui avait fait tanguer la matrice onirique.
Les intrus aperçurent à la dérobé la porte principale grillagée, un désordre de vieilles carcasses de voitures régnait ici et parmi elles l’antique van trop en ruine pour que ce monde puisse établir un lien avec le Magic Bus quand ils rêvaient, leurs membres engourdis par le sommeil, leurs mémoires défectueuses, shootées jusqu’à l’overdose et quand tout sera fini, – qu’ils seront congédiés chez eux – ils ne pourront appréhender l’hostilité énigmatique de la foule qui ne pourra les lyncher qu’à travers le prisme déformé de leur trop longue virée au pays de Morphée, ces fantômes.
Quand les gosses se furent introduit dans le bâtiment au style néo-gothique et s’engagèrent dans l’obscurité, se heurtant à de grands piliers, des colonnes de marbre, après avoir trouvé une cachette où on ne les verrait pas, ils observèrent un homme éclairé par une unique torche, et qui tentait de réanimer une antique pipe d’opium et comme tous les autres hommes usés, lessivés de son espèce, son esprit errait sans rien remarquer ! Dehors, à cette heure tardive leurs épouses qu’ils avaient délaissé, essaimaient avec leur robe de bal les places où il y avait encore de la vie et qu’on n’apercevait que la nuit…
Alors on put entendre les deux nains de jardin gémir dans le vent affligé :
« Nous avalerons le grand néant illusoire et quand nous creusions leurs tombes aux pieds des murs de briques, sidérés par la facilité d’entrer dans leur esprit et d’y semer une idée au coeur de leurs sommeils…. ne venant que de ce cimetière entourant leur bâtisse, nous nous étions révoltés mais pas tant que ça finalement.
Et je pensais à ces neiges qui encombraient les toits de nos écoles mais elle ne pouvait pas saisir encore le sens de mon plan
Qui de nous aura cet aura à faire sortir les lianes de neige, les fouets, les cravaches, de cette jungle d’où tu te croyais jadis en sécurité, sécurité qui s’effondra sans réchauffer tes lèvres de glaces ? Le plan était donc parfait, je pouvais donc affirmer que le cobaye s’était bien acclimaté à l’inception, une idée tenace, coriace injectée au sein du subconscient du rêveur ;
Un liquide chaud et humide, provenant de cloportes, prononçait lugubrement le présentateur de JT
Tandis que je mangeais ses jambes et son ventre écrasés suite à cette inception
Imaginais pour nous des pèlerinages… ou des chambres à gaz, des camps de la mort »
À nous faire migrer dans l’ombre de toutes les géographies
Dernier refrain du petit gavroche androgyne qui cette fois était coiffé d’un haut-de-forme rose : « Je me souviens d’un temps où elle se levait à peine qu’elle prenait déjà des pilules pour dormir.
Elle avait descendu les marches du métro dans la meute et rêvait de partir dans des pays où il avait toujours fait très chaud, à l’autre bout du monde, loin de ces tortionnaires qui nous tuaient à feu doux et qui nous obligeaient à creuser leurs tombes. »
