Poésie surréaliste NotesMat15

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Inception


Bien avant les émeutes interraciales
Ariane, une jeune fille ayant conçu le propre labyrinthe de son rêve. Exclusivement. Je devais la retrouver parce qu’elle était l’élue de cette Saint Con- elle chantait dans une ruelle obscure de Karachi (mais c’était dans mon rêve, uniquement dans mon rêve où elle même avait semé cette idée de la brûler étant donné qu’elle se trouvait trop conne pour vivre mais pas assez suicidaire) :
« On rêvait d’oies sauvages qui engageaient le printemps sans nous opposer de résistance
Et de grandes fenêtres ouvertes sur les mers septentrionales, Ô souvenirs résiduels,
Je glissais sans contrôle sur le rebord du monde outre-espace, fébrilement, elle était déjà là, la décapotable, son moteur vrombissant. »

Un enfant reprit le couplet en le modifiant :
« On rêvait de doigts sauvages qui enfantaient le printemps sans nous opposer de résistance
Et de grands squats ouverts à tous les rêveurs, peut-être sur les mers septentrionales, et des souvenirs résiduels voguant sur les flots de l’amnésie »
Une décapotable m’attendait. L’amnésie des rêves commençait… J’allais déjà me rendre en congés sabbatiques dans un monastère de moines hydrocéphales, dont le culte rituel et annuel était de brûler un con le jour de la Saint Con, j’avais été jadis pour un reportage de télésurveillance en tant que journaliste d’investigation dans ce bled paumé. Où c’était tous les jours la Saint Con. D’ailleurs. Déjà je distinguais un haut-de-forme rose dans ce tourbillon d’évanescentes étoiles mortes-nées et par là même des sorcières parmi elles. (Alors que ce n’était que des oracles, en tout cas c’est ce qu’on disait dans la région de Barstow à la Saint Con)
Bien avant les émeutes interraciales qui enflammèrent le quartier rouge, suite aux bûchers récurrents dégageant une épaisse fumée selon les journalistes médiévaux de la ville de Flax, non loin de là, j’avais déjà entendu l’histoire de cette petite fille chantant en hurlant dans une ruelle obscure de Karachi :
« On rêvait d’oies sauvages qui engageaient le printemps sans nous opposer de résistance
Et de grandes fenêtres ouvertes sur les mers septentrionales, Ô souvenirs résiduels,
Je glissais sans contrôle sur le rebord du monde outre-espace, fébrilement, elle était déjà là. »
Un enfant reprit le couplet en le modifiant :
« On rêvait de doigts sauvages qui enfantaient le printemps sans nous opposer de résistance, de résistes-stances face aux feux que les scolopendres géants avec leurs milles-pattes attisaient, malgré la foule qui avait enrubanné les poteaux de sa nouvelle place, de slogans du parti des inquisiteurs comme on le ferait dévier ce printemps poétique en printemps Arabe… Mais bref, abrégeons. Revenons à ce que tu chantais Anémone : nous rêvions que nous avions nos têtes au-dessus des néons que des journalistes publicitaires nous implantant en jetant des aplats de masques mortuaires sur leur visage cette idée si précise qu’elle devait plutôt brûler car elle était trop conne de vivre
Et nous imaginions dans les vapeurs d’opium de grands squats ouverts à tous les rêveurs, peut-être sur les mers septentrionales, et des souvenirs résiduels voguant sur les flots de l’amnésie »

L’amnésie des rêves, brutale, fatale. Même si, pour la combattre il y avait encore un groupe de guerriers de la dernière heure, au passé spirituellement trouble. Un chercheur, parti en quête de la nuit verte de l’Alaska, pourrait, au détour d’une falaise plus grande qu’un scolopendre, rencontrer ces hommes et ces femmes qui ne se sont pas contentés de la vie matelassée, moelleuse et terne offerte par la société moderne, et se dire qu’il n’est pas seul, qu’il reste encore dans le monde une étincelle d’aventure.

Un jour, au-dehors du concevable, ils chevauchèrent vers les barbelés entourant notre vieille demeure. Des légions de cloportes, attirées par les puits vaseux de spiritualité que les moines hydrocéphales alimentent en visions de cauchemar depuis le commencement des temps, reflétaient la nuit verte de l’Alaska sur leurs carapaces chitineuses, et leurs yeux fixes, contemporains des premiers hivers, dévoraient des vérités métaphysiques, en érodant peu à peu les membranes de l’univers. Les deux enfants portaient des casquettes de plomb, qui dissimulaient avec peine leurs crânes-laboratoires, où les synapses en ébullition décantaient d’extraordinaires substances qu’ils s’injectaient ensuite en intraveineuse. Plus loin, flottant paisiblement dans des flacons aux formes improbables, il y avait les Rêveurs, insoucieux de la neige qui tombait à lourds flocons, et les drapait peu à peu d’un manteau paré d’aurores boréales. Chaque Rêveur était maintenu sous sédatifs, une lourde pharmacopée qui s’insinuait coupablement dans ses veines, en serpentant le long des perfusions. Parmi ces substances, il y avait la drogue de Yussuf, la drogue des rois, et l’on disait qu’une goutte de cette substance pouvait provoquer des visions si puissantes qu’on a l’impression que toutes les planètes, le Soleil et la Lune, ainsi que toutes choses du Ciel et de la Terre se prosternent devant soi, dans un élan laudatif si puissant qu’il brise l’ego en mille morceaux.

La petite fille murmura : « N’aie pas peur, même si je pars, ne crains rien, pas même mon absence. » Et sa voix était comme un souffle chaud venu du désert, comme un volcan qui s’éveille en grondant doucement pour bercer la nature, qui pourtant le craint.

Dehors toujours, à tâtons, ces cyclopes qui n’avaient pas cinq ans devant eux et qui n’avaient forcément qu’un oeil, semblaient sur le point d’être absorbés par cette bulle onirique qui partit à la dérive et que formaient les rêveurs. Ils se souvinrent des anciens pilleurs qui étaient reparti les pieds devant. Ils s’étaient jadis risqué à côtoyer Youssouf ; le grand maître des Rêveurs avait sorti sa lame de samouraïs, prêt à en découdre avec leur humeur massacrante, et le sang avait giclé et il y avait même cette nuit-là une Rêveuse qui d’habitude indiquait la position du Magic Bus aux autres drogués et qui s’était finalement perdu dans les ruelles noires de Karachi ; sûrement à cause de cette raclée infligé par Yussuf, le chimiste, et qui avait fait tanguer la matrice onirique.

Les intrus aperçurent à la dérobé des ombres faire hâtivement un Fight Club dans la rue devant la porte principale à la fois grillagée et en bois d’ébène du monastère, un désordre de vieilles carcasses de voitures régnait ici et parmi elles l’antique van trop en ruine pour que ce monde puisse établir un lien avec le Magic Bus quand ils rêvaient… et avec la décapotable du début : garée en haute de ces falaises de la façon la plus adéquate pour regarder, complètement couché sur le dos, les nuits vertes de l’Alaska avec leurs lucioles grandes comme des scolopendres, son poste-autoradio émettait la météo des mers septentrionales mais parfois elle ne racontait que quelque part dans le coin de Barstow aux abords du désert je trouverais -c’était une sorte d’oracle- les enfants-cyclopes à huit miles de profondeur dans un lac, le lac magique des vérités qui font mal, leurs membres engourdis par le sommeil, leurs mémoires défectueuses, shootées jusqu’à l’overdose et quand tout sera fini, – qu’ils seront congédiés chez eux – ils deviendront ladres et lâches, crachant en enfantant des vidéos TikTok appréhendée par l’hostilité énigmatique de la foule. Mais qui ne pourra pas les lyncher et ce n’est qu’à travers le prisme déformé de leur trop longue virée au pays de Morphée, ces fantômes protégés malgré tout par les enfants-cyclopes, qu’ils doivent être sacrifiés.

Quand les gosses hybrides se furent introduit dans le bâtiment au style néo-gothique et s’engagèrent dans l’obscurité, se heurtant à de grands piliers, des colonnes de marbre, après avoir trouvé une cachette où on ne les verrait pas, ils observèrent un homme éclairé par une unique torche, et qui tentait de réanimer une antique pipe d’opium et comme tous les autres hommes usés, lessivés de son espèce, son esprit errait sans rien remarquer ! Dehors, à cette heure tardive leurs épouses qu’ils avaient délaissé, essaimaient avec leur robe de bal les places où il y avait encore de la vie et qu’on n’apercevait que la nuit…

Alors on put entendre les deux nains de jardin gémir les dernières trouvailles d’Anémone dans Amnésie des Rêves et dans le vent affligé :
« Nous avalerons le grand néant illusoire et quand nous creusions les tombes de ces rêveurs aux pieds des murs de briques, sidérés par la facilité d’entrer dans leur esprit et d’y semer une idée au coeur de leurs sommeils…. ne venant que de ce cimetière entourant leur bâtisse, nous nous étions révoltés mais pas tant que ça finalement.
Et je pensais à ces neiges qui encombraient les toits de nos écoles mais elle ne pouvait pas saisir encore le sens de mon plan, j’énonçais d’une voix forte :
«Qui de nous aura cet aura à faire sortir les lianes du Rêve, l’ombilic des limbes , les fouets, les cravaches, de cette horde hantant la jungle d’où tu te croyais jadis en sécurité, sécurité qui s’effondra sans réchauffer tes lèvres de glaces ? Le plan était donc parfait, je pouvais donc affirmer que le cobaye s’était bien acclimaté à l’inception, une idée tenace, coriace injectée au sein du subconscient du rêveur. »

«Un liquide chaud et humide, provenant de cloportes, prononçait lugubrement le présentateur de JT, vient de s’immiscer entre la porte et l’interstice… Que voit le Rêveur ? Que les kyrielles de portes du Rêve n’ouvrent toutes qu’à la vision défendue par les seules sorcières » (à d’autres époques Oracles.)
La télé continuait à refléter ses conneries sur les flaques d’essence puis un briquet Zippo vint enflammer d’abord ses jambes et son ventre, pauvre Anémone atterrie là par hasard suite à cette inception
Tandis que l’amnésie des rêves teignait, à s’effacer, à ne plus imaginer pour nous des pèlerinages… conduisant aux chambres à gaz, aux camps de la mort… ou à l’éternel Flambée des Inquisiteurs. »

Ou à la fin du Rêve, quand on se retrouvait sur la banquette de la décapotable où il y avait toujours les feuilles d’automne et surtout un livre mystérieux, avec des symboles étranges, extraterrestres, sur Amnésie des Rêves d’Anémone et Géographie de l’instant de Tesson, bien que son nègre littéraire n’étaient qu’une usine rempli de matrices et d’algorithmes sciemment étudiés par des moines hydrocéphales et pour une classe sociale donnée, en se demandant bien qui a pu donner cette primaire idée de commencer le premier bûcher de la Saint Con -une inception à réaliser pour la suite ? – (Thème évoqué dans son bouquin où elle se livre sur son sombre passé, cette blessure secrète de n’avoir jamais pu, à l’adolescence, être chanteuse et crieuse publique et cyclope à la fois) En fouillant les archives (je vous renvoie au récit Entre temps et Ensuite…) et d’après ces tonnes de paperasse relatant le monde antique et presque moderne de lazone.org cette rumeur était insensée pour les médias, invraisemblable d’après les murmures qui se seraient échappé en coulisse, des partis des grands inquisiteurs avant de nous faire migrer dans l’ombre de toutes les géographies oniriques, ou attentivement fausse quand la bagnole s’embrasa.