D’abord, maintenir un silence feutré et dense en ne révélant jamais ses influences. Puis, et seulement à l’étape suivante, les images, les images que j’autogénère en pianotant sur les touches, se rendent à l’évidence : elles sont le don, la faculté télépathe qui ouvre les vannes d’une immense baignoire au milieu d’une forêt ne demandant qu’à être enneigée, sous une altitude rouge et fumeuse ; et la nudité de tous ces gens qui se baignent, joyeux malgré les accords du piano mélancolique, dans les yeux de la Geisha, ne parvient pas à me faire oublier la perte des sens, l’arrivée d’un automne à la Amélie Poulain, aux émotions incroyablement vivantes d’enfants-cyclopes : puis, comme entrainée à la dérive, cette perte des sens quand les neiges et les pluies dissipent le langage, la rumeur de ce folklore de marbre qui est toujours dehors, mais jamais, et tu le sais, n’est à l’affût d’un désir d’erreur ; et pourtant presque tangible par cette dérision qui lui donne un cap, il n’y a que le doux murmure de l’eau qui s’enfuit ;
Et ce rapide emporte la saison rouge et l’emporte sur le kitch naissant de cette époque où nous ne trouvons pas notre place, la sève que toutes ces histoires – je m’en rends compte que maintenant- avaient fait monter parmi des métrages perdus, aujourd’hui bel et bien disparus, filmés par une caméra en noir et blanc et tremblants dans leur cadre maladroit, et je dérive moi aussi et tu ris d’un rire que seule l’aimée exila, dans ce tourbillon de lumières chatoyantes conjuguant le yin et le yang et réconciliant toutes les religions. Alors pour dissoudre, dans un flacon où reposent milles souches de vieux flocons, enivrés par ta sensualité, pour dissoudre aussi leur couleur somptueuse, bien que inconnue et sûrement d’origine martienne, l’invraisemblable se produisit…
