Une vieille maison au fond d’un jardin, couverte d’une vigne folle, mais une vigne féconde, à sa droite quelques pommiers desséchés ébruitant la Rumeur, à sa gauche un enfant isolé (c’est moi) qui pactise avec des spectres suffisants dans le brouillard ; il essaye d’imaginer ce qui pourrait éclore sous la maison antique ; la maison de ces vieux bonhommes qui s’échauffent là-haut dans le ciel pour une dernière partie de poker, une partie de cartes où il lui est arrivé de trouver la mort, si douce, si semblable à mon rêve et s’aperçoit qu’il a une image très vive de ce qui s’est passé.
C’est certainement son imagination qui dépasse son expérience, comme quelqu’un -sans doute le Navigateur- l’en a prévenu.
Enroulée dans un drap, et accrochée aux rideaux de la chambre par trop de vacillants et farfelus kilomètres de vers, ainsi lui est-elle apparue, étrange et douce comme cette vallée que je vais tenter de décrire : des hordes d’aviateurs ladres guettaient l’horizon rouge de tous les jours lorsque nous avons aperçu cette vallée hantée et le rêve tanguait de plus belle, nous qui étions nus et somnambules et nous savions fébrilement qu’il se cachait à l’orée d’un bois escarpé, détenu par une sorte de monstre dont la fine pellicule gélatineuse recouvrait sa peau… dire que jadis j’avais une bonne compréhension de ces univers oniriques jouant à tracer des lignes de cannelle et de sucre roux sur mon carnet de moleskine !
