Poésie surréaliste NotesMat15

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Un poème en prose, que j’ai trouvé dans un vieux carnet

Après s’être chauffées au contact du plafond qui fléchit, et des astres au manteau noir, les images, les images commençant à se dégeler de cette ère glaciaire, je les autogénère ; et ainsi elles se rendent à l’évidence : là où leurs regards se croisent, là où ils ruissellent il ne leur restera plus qu’une petite chance : celle de capituler et de crier grâce quand ces icônes, ces même icônes à présent endormies, leur donnent cette fâcheuse faculté de télépathie. Combien d’étés brûlants et de neiges précoces, préservés de leur étrange syndrome, se sont succédés dans ce bureau poussiéreux ? Une infinité et pourtant, pourtant je médite encore cette nuit sur les péchés de ces créateurs d’images… et de ces angoisses qu’on plonge dans la toute miséricordieuse, la très miséricordieuse baignoire plantée là au milieu du Sahara, sans insurger leurs féaux qui ouvrent les vannes avec d’étranges instruments aux dents ou aux crocs froids et industriels !

Le miroir ovale que cette imaginaire et immense baignoire veut chambouler en le noyant de mises en abîme à rendre toutes choses languissantes, quand on le placera face à l’éveillé baigneur, il ne pourra maintenir, même par un stratagème fiévreux, la température volcanique de cette eau morbide, distillée avec le venin des pythons et les sucs gastriques des iguanes ; cette eau qui tombe en pluie verticale – si on peut admettre que seule l’opiacée dans l’obscurité, loin de la nuit froide et de la foule hystérique au dehors, l’a produit à partir de la braise, ou d’une suggestion féminine – cette eau saumâtre encourage, avec un souci du détail presque inquiétant, l’éveillé rêveur à nous charmer avec son don pour la télépathie.