Poésie surréaliste NotesMat15

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Ménages d’automnes

Dans le placard, les Esprits des Rêveurs qui ont choisi comme itinéraire facilement réalisable la traversée de l’aile méridionale d’un asile d’aliénés. Sur la table basse, un livre neuf qui raconte comment s’évaporer et évaporer, au détour d’un vieux mur en pierre, l’âme et la couleur verte des yeux, avec du nettoyant pour vitres. Une porte, qui, de génération en génération, a été sublimée par ces Esprits pouvant parfois se cacher à l’intérieur de ses gonds pour plus d’un millénaire. Dehors, dans la cour, la carcasse d’un side-car abandonné mais le génie de Napoléon lui fait croire qu’il est encore concerné par la question environnementale. 

Aux fenêtres, des rideaux qui donnent l’impression de créer un ordre cyclique alors que cette création n’a été échafaudée que par des lavettes et n’est de toute façon que l’expression de leur passivité ; je dois cependant leur faire croire que leur choix est toujours judicieux. Dans la baignoire, le plongeon utopique pour ces Esprits, ces Rêveurs malgré la saleté qui s’est accumulée dans les canalisations (ces canalisations que de nouvelles races de rats parcourent, leurs assemblées de nuit en fin de compte ne connaissant que le poids des malédictions.) 

Sur la commode, des rivières de diamants qui font perdre le latin aux méandres et aux sillons informatiques d’une vieille machine pas belle et qu’on a trouvé dans les hangars vides où l’on entasse aussi de vieux ordinateurs. Sous le lit, une petite culotte très fine, qu’on ne voit que dans les show lesbiens, un genre de strip tease fiabilisant les données d’un kelvinomètre que des politiciens véreux ou des narco-trafiquants ont financé par manque de jugeote… 

Sur le canapé, des cendres de cigarettes mêlées à du pain émietté pour dissiper le mystère des femmes agenouillées, pour dissiper aussi ce que j’ai découvert dans cette hangar sale où l’on se fiche pas mal du sort de ces ordinateurs antiques (ces ordinateurs à la casse parce qu’on pense qu’ils sont souillés par une étrange malédiction) et enfin, à la place de la télé, un nain de jardin puni pour avoir perdu sa virginité sauvage, et fraîchement évadé d’un centre pénitentiaire américain, une course avec les vagues ou juste un vieux compte à régler pour cautionner ses agissements occultes…