Poésie surréaliste NotesMat15

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Un appel pacifiste à tous les rêveurs !

J’avais écrit un poème, après un café bien frappé, comme un appel pacifiste à tous les rêveurs ; sa complexité sombre et austère, s’inspirant des astres convoqués pour des retrouvailles à Port-Saïd, ne les bottait pas plus que ça. Alors j’ai écrit un récit où ces fantomatiques, ces tristes rêveurs, comme ces étoiles en virée, étaient épaulés par l’inspecteur gadget pour mener l’enquête, mais ça ne semblait pas non plus les envoûter.
J’ai écrit une nouvelle racontant comment, leur cornée dépoussiérée, ils avaient grimpé à une vitesse olympique, les escaliers des sanctuaires hindous mais par malheur ils restèrent tous médusés. J’ai alors écrit une lettre qui décrivait, du haut de son atout, leur ville et ses ruelles escarpées, ses parades de chevaux babéliens mais ils m’ont dit que ce n’était pas pour moi.
En travaillant très, très tard, je me suis documenté sur la condition spartiate de leurs éléphants, sur leurs odyssées qui avaient fait partir des navires de guerre, chargés de bois doré, de mâts et de toiles bariolées ; et un silence mortel s’installa. Alors j’ai laissé béton tandis qu’on entendait que le sifflement des radiateurs, le grincement des lattes du plancher du gros barman à la chair grise, la joueuse de cor au loin qui escaladait sinistrement les avenues bourgeoises de Mandeville ; d’ailleurs je crois que cette nuit, j’ai enfin compris qu’ils préféraient mes pages blanches ; à la rigueur je pouvais leur transmettre mon indicatif téléphonique qui courait entre les distances mnémotechniques des enfants et leurs farfadets aux alentours de minuit. Cette nuit, d’une noirceur à faire sortir des kyrielles de mollusques de chien-lézard, et qui semblait prêcher l’anarchie !