Poésie surréaliste NotesMat15

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La Rouge

Rustique était cette cabane de joncs que nous avions construit quand nous étions enfants, rafraîchissantes étaient ces boissons polaires que Rimbaud, le barman esseulé, nous préparait comme cocktails ; et brutes mais avec  beaucoup de vie, étaient ces écumes glissant, rouleaux après rouleaux, sur la palissade du corral que nous regardions s’enfuir… comme affolée par nos histoires de mare aux diables, notre silhouette fiévreuse, ou par la mocheté de notre vieille poupée abandonnée pendant la Rouge.

La Rouge qui, en courant sur les bancs de sable, gisait en chacun de nous tandis que le poste de l’autoradio grésillait d’informations angoissantes, tandis qu’on se familiarisait avec son Esprit. L’esprit de la Rouge qui avait été instrumentalisé par d’autres bandes de gosses revenus à l’état sauvage. 

L’esprit de la Rouge et ses déclinaisons qui avaient brûlé le champ de toutes nos perceptions, nous rendant aussi violents que malicieux : un pastel de watt canonique inflammable, cette maladie rare et pourtant universelle, cette Rouge originaire du mufle des vaches sacrées, et dont l’odeur putride imprégnait l’unique pièce de notre hutte en restant follement amoureuse aux couleurs de notre chevalet.