Poésie surréaliste NotesMat15

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Les tourments de la scie

De là où se trouve mon terrier, qui n’est précisément pas un simple trou destiné à me sauver, on peut voir des planètes énigmatiques comme Jupiter ou Saturne. Mais j’évite de les observer, et même de les regarder ; mes yeux ont mal car ils ont été privé de la violence tout aussi énigmatique de cette scie d’à peu près !

Cette scie d’à peu près, qui a sa propre vie végétative, dépravée, possédée dans mon terrier, où je stocke des tonnes de viandes, mais aujourd’hui je peux m’endormir paisiblement, sa violence est bel et bien partie à vau-l’eau sans rien dire ; peut-être est-elle allé se nicher dans le cerveau de ces gens qui hantent le métro ou bien on ne sent plus sa précipitation à vouloir faire du mal, certes mêlée de tendresse bestiale parfois, mais qui peine à se référer au système adverse, c’est-à-dire la Place Forte que j’occupe au fond de mon terrier…

Sans doute elle ne sait pas que sa colère participe à sa déconstruction, et c’est ce que je pense vraiment quand je me tiens au milieu des gouffres ou de ces dix galeries qui partent de la citadelle et que les astres laissent choir pour se rendre à l’évidence. J’ai conquis cette sorte de château fort comme on apprivoise la violence de cette scie déprimante… mais, malgré ce plan d’ensemble qui n’obéit qu’à ma seule logique, je n’arrive pas à m’y faire… et les souvenirs affluent, et cette vieille plaie cousue pour ne plus voir les choses moches et leur manque d’inspiration ne parvient pas à me rassurer. Comme ce silence quand je suis presque arrivé à éloigner tout souci de sécurité.

Ce même silence, qui en arpentant le fond de ma caboche, a dompté le spectacle de Jupiter et de Saturne. Ainsi meurt dans les gosiers chauds et sans âme de mes victimes (que j’ai pris soin de découper avec cette scie surnaturelle) l’impossibilité de me réveiller avec félicité.