Poésie surréaliste NotesMat15

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Les étranges histoires de l’Afrique mystique

En cherchant des têtards qui gobaient le soleil du nouvel an, étreignant le végétal comme le minéral, nous avions câblé par triste corrélation cette pataugeoire de roseaux et de joncs en fleurs. Était-ce la réincarnation des étranges vies de cette Afrique mystique ? Sur un tourne-disque vérifiant les appels manqués de la veille, elles offraient un paysage olympien, à qui savait regarder. Et à y regarder de plus près, elles offraient aussi leur synthèse quand le ciel devint soudain bleu… et dans leur rétine je m’entortillais encore davantage par leurs entraves de grands marabouts.

Rustique était cette cabane de joncs que nous avions construit quand nous étions enfants, rafraîchissantes étaient ces boissons polaires qui touchèrent le nerf central ; et brutes mais avec beaucoup de vie, étaient ces écumes glissant, rouleaux après rouleaux, sur la palissade du corral que nous regardions s’enfuir… comme affolées par nos histoires de mare aux diables, notre silhouette fiévreuse, ou par la mocheté de notre vieille poupée abandonnée pendant la Rouge.

La Rouge qui, en courant sur les bancs de sable, gisait en chacun de nous tandis que le poste de l’autoradio grésillait d’informations angoissantes, tandis qu’on se familiarisait avec son Esprit. L’esprit de la Rouge qui avait été instrumentalisé par d’autres bandes de gosses revenus à l’état sauvage.
L’esprit de la Rouge et ses déclinaisons qui avaient brûlé le champ de toutes nos perceptions, nous rendant aussi violents que malicieux : un pastel de watt canonique inflammable, cette maladie rare et pourtant universelle, cette Rouge originaire du mufle des vaches sacrées, et dont l’odeur putride imprégnait l’unique pièce de notre hutte en restant follement amoureuse aux couleurs de notre chevalet.

Et la mer se troubla. Les montagnes déracinés nous dévisageaient à peine et regardaient bêtement le crépuscule tombant sur les flèches gothiques de notre hutte… Déjà au néolithique, sa conscience grunge avait survécu aux massacres du Tsar et à présent une ombre menaçante planait sur la monnaie d’Ivan Le Terrible qui sera dévaluée de toute façon !

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Au bout des bancs de sable que les fantomatiques vies de cette Afrique mystique indexaient à la torpeur de la Rouge, nous vîmes passer son souffle chaud. Passer aussi sous l’arche de grès ocre des Astres néotropicaux, et que Barbara Auzou, l’impératrice des enfants perdus, décrivait avec précision nous racontant qu’il n’y avait rien de plus beau… alors la vie devint comme une drogue et le monde un arbre qui avait fait virevolter et ses racines et ses branches au dessus de nos têtes ; nos têtes de marbre babillant pour épouser la bouche immense des géants, comme une hostie, une hostie de frissons verts, qu’on croyait insolente.