Hélicéennes noires : les légendes d’une molécule qui s’infiltra instantanément dans la mémoire de l’humanité, après maintes orgies crépusculaires, et lorsque nous eûmes la conviction qu’il n’y avait pas de retour possible, nous couvrîmes alors les murs sur trois cent kilomètres de nos représentations inexorables.
Et sous la peinture écaillée, en attendant que cette molécule, aplombant la nuit, nous raconte elle-même sa genèse, même les aspérités de ces murs s’accordaient à allégoriser notre déchéance et, pour elle, son austère victoire alors qu’il pleuvait des cordes de marins depuis des lunes…
Prenant refuge au cœur accidenté de nos thébaïdes, à l’instant même où l’on voulait les dépoussiérer, ces représentations, des crises de nerf, qui se cachaient parmi les défilés rocailleux où notre peuple était désormais condamné à vivre et qui grouillaient déjà à l’époque où les effets pervers de la molécule n’étaient encore que latents, nous consumèrent.
Lorsqu’en posant le pied sur la plaine pâle où les dernières victimes pestiférées agonisaient, l’un de nos héros survivants se mit à douter sérieusement. À douter sérieusement de ces dieux lui promettant qu’au bout de ces grands chemins, et jusqu’au Parthenon sacré, il lui suffirait de réorienter la respiration de ces vents censés se réapproprier la solution ultime, embarrasante pour les survivants, que cette molécule avait envisagé pour nous, puisant férocement dans son subconscient machiavélique…
En dessous de notre Acropole, seule ruine qui tenait à peu près debout, respirant encore malgré son état de mort cérébrale, aussi scintillante que galeuse, notre héroïque personnage eut l’audace, qu’on loue encore dans les évangiles noires de l’Hélicéenne, de couvrir d’une robe pourpre la statue celte, toute en sel de séminale, du Fondateur de l’essai thérapeutique Z.1.0.9.
Et ainsi la transhumance des Programmateurs revint des altitudes qu’on ne trouvait sur aucune carte, et le calme, et même l’opulence, le luxe, la volupté qui nous avaient jadis enkysté recommencèrent à nous abrutir : alors qu’au temps épidémique de la malfaisante molécule nous n’osions à peine respirer, de peur d’inhaler ses exhalaisons, d’excaver ses inclinations meurtrières qui nous rendaient tous dingues, nous aurions pu en tirer une leçon malgré tout. Acquérir un peu de sagesse de ces lugubres hécatombes quand notre territoire était redevenu une zone inhospitalière, sans cesse réinventée par la scarlatine et la gangrène. Et surtout par l’Hélicéenne qui avait déjà programmé au creux de la vague la conception déchaînée d’autres infections, toutes autant execrées, ayant hélas déjà fait ses preuves.
Car même si toutes les frontières étaient à présent farouchement gardées, dans ce Lointain Village où l’on dégréait les perroquets et les vergues des navires pour faire choir ces oiseaux de malheur qui, ces derniers temps, s’accumulaient et se cramponnaient au bois pourri, des orateurs d’autres acropoles encore plus guerrières que la nôtre, étaient en fuite. Et ils arrivaient au grand galop, après avoir crapahuté sur des crêtes entourant notre Sanctuaire, le visage peinturluré de rouge non pas pour nous impressionner mais pour dissimuler leurs traits grossiers que de longues fièvres, grimpant toujours en flèche, avaient rendu difformes.
