Poésie surréaliste NotesMat15

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La défaite du Mérovingien

Deux squelettes, un brin formaliste, archivaient ce que la loi de causalité avait vendu comme mèche. Des krills et d’autres crevettes mutantes baignaient non loin de là dans un bocal de formol et lui donnaient de temps en temps des teintes évanescentes. Il était maintenant dans la chambre d’amis avec ce couple de squelettes et les trouvait malgré tout chaleureux, inventifs et intelligents. Les lits avaient été jetés dehors, les moquettes arrachées. Des fêtards éméchés entrèrent en force et il savait qu’ils appartenaient déjà tous au culte du Mérovingien. Ce culte pour majorer le prix de la noirceur, qui, selon le Mérovingien, n’était qu’une fausse couche d’espèces mutantes, reptiliennes ou presque humanoïdes… 

Le rugissement lugubre du rock martelant, du vent, de la chair claquant contre de la chair, ainsi que les hurlements de la débauche solennelle en bas, avaient fait trembler la solution liquoreuse de cet étrange formol où tout le b.a.-ba des thèmes de cette curieuse soirée était stocké avec les krills.

Puis quelqu’un lui prit la main et il sentit qu’on l’entraînait dans la cellule initiale, une salle de bain en marbre au sol glacé. Elle était debout devant lui, ses écharpes et rubans voletant dans un courant d’air froid. En s’approchant, il vit se découper, à travers les carreaux de la salle de bain, une sorte d’arbre couvert de toiles d’araignée comme tiré d’un film pour enfants sur les forêts enchantées. Il y avait là une chose étrange, raisonna-t-il avec le peu de raison qui lui restait. 

Elle le conduisit, toujours en lui tenant la main, en passant par le mur, sur une haute terrasse, avec des joueurs de poker aux plaintes graveleuses, se réjouissant parfois d’un carré d’as. Le froid était glacial, et il se rendit compte qu’il n’était vêtu que de sa mince chemise de nuit. Les bruits de la soirée s’étaient complétement éteints et le silence était immaculé. Elle leva les yeux vers le ciel hivernal nuageux et il suivit son regard. Le film du Mérovingien était projeté sur les pâles nuages. Une sorte de bande-annonce, la défaite du Mérovingien.

Et parmi ces nuages qui s’élevaient déjà, une belle fille pubescente, que le Mérovingien s’entêtait à enivrer, se déshabilla et les nouveaux apprentis formés par les cours d’éducation sexuelle du Mérovingien pincèrent les mamelons de ses seins…

Retour dans la salle de bain en marbre, des rivières pourpres se répandaient sur le sol glacé. Rivières pourpres de ce carnaval fier de sa mission civilisatrice et de sa genèse douteuse ; des titres apparaissaient toujours sur l’écran nuageux comme : La survivance de la faim.

C’était sans doute la suite logique d’un récit à venir…