Poésie surréaliste NotesMat15

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L’unique arbre de la bibliothèque de Babel…

Cassie défendait les causes perdues, dans une suite vénitienne que j’avais payé d’avance en extorquant toutes les chaumières d’un lointain royaume, peut-être imaginaire. Cassie défendait la simultanéité, la multiplicité et la disparition des forêts qu’on avait ravagées, et dont il ne restait qu’un seul arbre survivant. Un chêne mystérieux dont l’énorme tronc noir poireautait en attendant les iconocides ; et ses racines qui s’arrachaient hors de terre ombrageaient même d’autres sortes d’arbres couverts de toiles d’araignées mais qui n’avaient pas encore poussé. Ses branches souples étaient parcourues d’indécentes ramures ondulant dans le vent, j’imaginais pour lui une vie plus linéaire que celle dont il se sentait prédestiné.

Ainsi je palpais la couleur du jour, cette couleur primaire qui retourna se perdre dans la frondaison et qui avait tant obsédé de peintres devant leurs toiles latentes, des paysages marins sensuels et des natures mortes. Toutes les feuilles étaient identiques, toutes portaient un même œil qui s’ouvrait lorsque j’approchais la main, puis se refermait. Cet œil qui obéissait aux canons d’une beauté que je ne pouvais comprendre ni même appréhender…