Poésie surréaliste NotesMat15

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La rue des chariots d’or

Pour forniquer avec des joueurs solaires, des joueurs de poker réunis là pour prier, de nouveaux mondes qui avancent l’heure du sommeil et des stations alpines qui couillonnent leur stratégie de combat…
Pour approvisionner en éthylène les flottes souterraines qui dérouillent comme la pensée du metteur en scène, l’invention des rouleaux de bois qu’on limite à un langage châtié
Pour grandir parmi les orageux océans et potentialiser dans ma tête les trésors des coffres forts, la diurne veillée d’arme comme court-circuitée par ce rêve, ce cauchemar, chaque pensée cylindrant un autre rouleau parcheminé.
D’indécents chariots d’or pour scénariser chaque plan que la caméra fait transparaître et quelques prières pour l’audience
Pour les faire transiter par Shanghai, de formidables zéphyrs qui se cachent et qui désherbent les pelouses de Nottingham
Et quelque part dans la ville, pour hisser les crocs du froid engourdissant, les étoiles dans leur manteau noir atterrissent sans se faire mal et leurs territoires ne sont alors que des déserts intergalactiques ; ce qui m’aide à me souvenir, quand je découpe intégralement Les Aventures de Lucky Pierre, que leur épopée n’émerveille plus personne
Avant de se mettre au branle-bas, pour calmer le tumulte des protestations mais aussi pour interrompre ce calme, cette plénitude qui commence à dégeler la gangue de glace de ce rêve commun, il y a toujours d’autres chariots d’or ; des chariots d’or que les merles moqueurs, ces mercenaires du côté obscur, picorent avec leurs becs en ferraille brute, jusqu’à ce qu’ils arrêtent leur jacassement gênant.
Quelque part dans la cité enfin, il y a la fin de cette histoire qui vient un peu trop vite et pour l’endormir, je lui lis sa genèse, peut-être un peu trop innocente, et les lucarnes de la rue du chariot d’or avoisinent alors des carrés d’herbes aux parfums iodés. Et aux goûts de safran qui empourprent les œufs des merles moqueurs, ces amants qui se déchirent le cœur sous un soleil scabreux, ces voleurs d’enfants qui s’enfuient déjà, ces défunts aussi excommuniés et je les poursuis dans la rue du chariot d’or tout en m’insurgeant de les voir se repaître de ma personne.